Danièle Obono Pour 2025, la Caisse nationale de l'assurance maladie souhaite une mauvaise santé aux habitants du 19e arrondissement et, au-delà, de tout le Nord-Est parisien.
Ces derniers mois, la population de Paris a subi la disparition de plusieurs centres de santé associatifs. En novembre, la Cnam a annoncé la fermeture du centre de la Caisse primaire d'assurance maladie de Réaumur, et celle de la moitié des services du centre de la caisse régionale de l'assurance maladie d'Île-de-France de Stalingrad dans le 19e arrondissement, qui va provoquer le licenciement de trente et un soignants.
Ces annonces constituent une injustice doublée d'un scandale. Les personnels soignants et administratifs, les syndicats, les usagers et les élus du territoire la refusent catégoriquement.
Injustice, car en 2022, selon l'union régionale des professionnels de santé, l'Île-de-France était le premier désert médical français. À Paris, seuls 20 % des spécialistes acceptent les consultations sans dépassements d'honoraires, et après un délai d'attente de trois à six mois.
Dans le Nord-Est de la capitale, qui accueille les populations parisiennes les plus précaires et les plus vulnérables, cette inaccessibilité rime avec mauvaise santé. Plus de 40 % des habitants renoncent à se soigner. Or, le centre Cramif de Stalingrad est l'un des derniers centres de santé conventionnés en secteur 1 – sans avance de frais. Il accueille près de 30 000 patients, pour plus de 100 000 passages par an.
Scandale, ensuite, car face à l'enjeu sanitaire, les arguments avancés pour justifier la réduction de l'offre de soins sont fallacieux et inacceptables. Le directeur de la Caisse nationale de l'assurance maladie argue ainsi d'impératifs de redressement, de gestion et d'un déficit.
D'un point de vue purement budgétaire, un déficit ne peut justifier une procédure de licenciement : ces centres dépendent de l'assurance maladie, financièrement capable de les combler.
En outre, il est moralement et politiquement inadmissible de justifier le sacrifice de la santé des plus fragiles sur l'autel de la rentabilité financière. La santé est un bien commun, pas une marchandise. Sa protection est un service public, pas un marché.
Alors que 2025 marquera le quatre-vingtième anniversaire de la création de la sécurité sociale, ces projets de fermeture sont inacceptables. Les centres de santé de l'assurance maladie sont une conquête des luttes ouvrières et du Conseil national de la Résistance. Depuis le milieu des années 1960, à Paris, ils offrent une gamme de soins variés pour tous nos concitoyens, quels que soient leurs moyens.
La France insoumise défend leur renforcement dans les déserts médicaux, notamment par la création de réseaux de centres de santé pluridisciplinaires, en lien avec les hôpitaux publics.
Nous nous opposons résolument à la politique de marchandisation menée ces dernières décennies, qui substitue progressivement aux centres de santé publics ou associatifs non lucratifs des établissements à but lucratif, instaurant ainsi une médecine à deux vitesses.
Avec ma collègue Sarah Legrain, nous appelons toute la population à se joindre au rassemblement unitaire organisé mardi 28 janvier prochain à midi devant la Cramif, et à la réunion publique du jeudi 30 à dix-huit heures trente à la mairie.
« J'habite le 19e, le quartier va mourir si ce centre part. Mon père, handicapé, ne pourra même plus se soigner car je devrais payer un taxi pour l'accompagner à chaque fois », explique Aida, signataire de la pétition lancée par un soignant contre la fermeture du centre de Réaumur et des services de Stalingrad.
Monsieur le ministre, ma question est simple ; j'espère que votre réponse le sera également. Le gouvernement est représenté au sein de la Caisse nationale de l'assurance maladie. Validerez-vous ces fermetures qui vont accentuer les difficultés d'accès aux soins de la population ?