Stéphane Viry Les gouvernements successifs, depuis plusieurs années, ont déclaré faire de l'accès aux soins une priorité des politiques publiques. En 2023, le gouvernement avait notamment lancé le plan d'action « 4 000 maisons de santé pluriprofessionnelles ». C'était un plan utile pour lutter contre les déserts médicaux, pour favoriser l'installation de nouveaux médecins et pour permettre l'intervention de nouveaux praticiens, de manière groupée : chacun sait bien désormais qu'il est nécessaire que les médecins exercent collectivement, tant pour la qualité de leur pratique professionnelle que pour l'efficience de leurs actes.
Ce plan reposait, entre autres, sur un volet immobilier tendant à la construction des équipements et des structures nécessaires, au moyen notamment de la création du fonds d'intervention régional.
Si ce plan était à la hauteur des enjeux, la réalité des financements laisse aujourd'hui un goût amer. Les promesses ne sont pas tenues. Le fonds d'intervention régional, en particulier, sous-employé et trop complexe, freine les innovations dans les territoires. Le modèle de financement n'a pas évolué à ce jour et repose sur des enveloppes déjà épuisées, à l'image de la DETR – dotation d'équipement des territoires ruraux – gérée par les préfectures. Pire, cette politique nationale est financièrement compensée par les collectivités territoriales – région, département, commune – qui se retrouvent, encore une fois, à devoir combler les carences de l'État.
Les agences régionales de santé, qui sont dotées de ce fonds d'intervention régional, semblent cependant en peine de le mobiliser. Pourquoi les acteurs se heurtent-ils à ces rigidités, alors que ces fonds sont censés être souples, à la main des territoires, afin de leur permettre de répondre aux besoins exprimés ici et là par celles et ceux qui veulent s'installer ? Pourquoi de telles lourdeurs bureaucratiques subsistent-elles dans un secteur vital ?
En voici un exemple : sur les trente maisons de santé pluridisciplinaires installées depuis quelques années dans mon département, dix sont en souffrance, noyées sous les contraintes budgétaires, en attente d'une intervention de l'ARS. On a le sentiment d'un défaut de lisibilité et d'agilité dans l'utilisation du fonds.
Ma question est simple : la création de maisons de santé pluriprofessionnelles est-elle encore une priorité de votre gouvernement, ou bien l'État a-t-il, sans le dire, décidé de transférer cette responsabilité aux collectivités locales qui n'en ont – est-il nécessaire de le rappeler ? – ni les moyens, ni les ressources, ni la compétence directe ? Si c'est encore une priorité, qu'attendent les ARS pour mobiliser les fonds qui sont à leur main et permettre ainsi aux territoires d'agir sur le volet immobilier et d'accueillir de nouveaux médecins ?
En Île-de-France, l'ARS a conclu il y a quelques années un protocole d'accord avec l'URPS, à hauteur de 55 millions d'euros, afin de disposer de cette capacité à innover et à doter le territoire des maisons de santé. Y aurait-il, en France, une disparité territoriale ? Ce fonds d'intervention régional ne devrait-il pas être remobilisé par votre ministère ?