Julien Denormandie,
Ministère de l’agriculture et de l’alimentation •
15 févr. 2022Les vidéos filmées en abattoir et régulièrement rendues publiques par des associations sont toujours particulièrement sensibles pour le public s'agissant d'un lieu où les animaux sont mis à mort pour que leurs produits entrent dans la chaîne alimentaire. Par ailleurs, les propos de cette vidéo, repris sans vérification par les médias, dénoncent une situation qui n'a pas été constatée lors de l'inspection et de l'enquête interne diligentées à la demande du ministre chargé de l'agriculture. Les images de la vidéo diffusée par L214 dans un abattoir de Saône-et-Loire ont été expertisées par le service spécialisé du ministère de l'agriculture et de l'alimentation. Par ailleurs, l'enquête interne a montré que le militant infiltré dans l'équipe des services vétérinaires a bien fait l'objet d'un accompagnement à la prise de poste sur une période de plusieurs semaines avec apports théoriques, tutorat au poste et travail en binôme. Concernant l'abattage de femelles gestantes, aucune réglementation n'interdit cette pratique. Seul le transport des femelles gestantes ayant dépassé 90 % du terme est aujourd'hui interdit, ces animaux étant considérés non transportables pour préserver leur bien-être. Les images montrées dans cette vidéo ne permettent pas de dater avec certitude l'état de développement des fœtus. En tout état de cause, les agents des services d'inspection vétérinaire en abattoir sont compétents pour relever de telles non-conformités et, le cas échéant, mettre en œuvre les mesures coercitives nécessaires à l'égard des éleveurs. La réglementation européenne encadrant la protection animale fera l'objet d'une révision courant 2023. Par ailleurs, concernant l'abattage sans étourdissement, il est rappelé que, si l'étourdissement des animaux est obligatoire avant l'abattage ou la mise à mort, le règlement (CE) n° 1099/2009 du Conseil du 24 septembre 2009 prévoit une dérogation lorsque cette pratique n'est pas compatible avec les prescriptions rituelles relevant du libre exercice des cultes. À cette fin, le décret n° 2011-2006 du 28 décembre 2011 encadre les conditions de délivrance des autorisations permettant de déroger à l'obligation d'étourdissement des animaux. L'abattage sans étourdissement doit notamment être effectué dans un abattoir agréé, après immobilisation de l'animal et en respectant l'ensemble des mesures en matière de bientraitance animale. La règlementation reconnaît l'exploitant comme le premier responsable du respect de la protection animale, et impose que la manipulation et la mise à mort des animaux soient réalisées par des personnels formés et titulaires d'un certificat de compétence « protection animale ». Ces opérations sont également placées sous la supervision d'un responsable de la protection animale (RPA) désigné par le directeur de l'abattoir. Dans ce contexte, la règlementation ne prévoit pas la présence permanente d'un agent des services d'inspections vétérinaire au poste de mise à mort, qu'il s'agisse d'abattage conventionnel ou d'abattage rituel. Les agents de l'État en abattoir réalisent des contrôles réguliers de second niveau et ciblés notamment sur les conditions de mise à mort. Enfin, le ministre de l'agriculture a lancé début juillet 2021 un plan abattoir pour améliorer les contrôles, les sanctions, et accompagner la modernisation des outils d'abattage si importants pour les territoires et la valorisation des productions locales.