Jean-Noël Barrot,
Ministère de l’Europe et des affaires étrangères •
15 juil. 2025La guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine est une nouvelle illustration de la nécessité pour l'Europe de disposer de capacités de défense autonomes afin de protéger ses frontières et assurer une défense efficace du continent européen, en complémentarité avec l'OTAN. Pour ce faire, l'Union européenne (UE) et ses Etats membres doivent changer d'échelle en rattrapant plusieurs années de sous-investissement dans la défense. C'est le message porté par le Président de la République lors du discours de la Sorbonne du 25 avril dernier. C'est aussi ce que conclut le rapport Draghi. La France, comme de nombreux autres Etats membres de l'UE, a, pour sa part, atteint la cible fixée par l'OTAN de 2 % du PIB en dépenses de défense. L'adoption de la Boussole stratégique de l'UE, qui fixe un objectif clair de réduction de nos dépendances stratégiques, en lien également avec l'agenda de Versailles, a été l'un des premiers jalons de cette autonomie stratégique européenne. Cette dynamique, que nous avons participé à lancer au niveau européen, se retrouve désormais également dans la stratégie pour renforcer l'Industrie européenne dans la durée (EDIS) présentée par la Commission européenne et que nous mettons concrètement en œuvre avec la négociation en cours du programme européen pour l'industrie de défense (règlement EDIP). L'enjeu est d'assurer la soutenabilité de notre soutien à l'Ukraine dans la durée, tout en garantissant la résilience des sources d'approvisionnement de nos armées. La France est ainsi déterminée à renforcer les chaînes de valeur européennes dont notre défense dépend. Cela passe nécessairement par une préférence européenne claire : l'argent européen doit permettre d'acheter du matériel européen et de créer des emplois en Europe. Deux ans après l'adoption de la Boussole stratégique, nous continuons de veiller à son opérationnalisation et travaillons à la réussite des actions déjà engagées. La Boussole stratégique devrait être révisée en 2025, sur la base d'une nouvelle analyse des menaces, tandis que le futur Livre blanc de la nouvelle Commission européenne doit approfondir les priorités industrielles. Ces efforts contribuent de manière décisive à la sécurité européenne, dans une logique de renforcement des capacités européennes sur le long terme, et ce faisant au renforcement du « pilier européen » de la sécurité transatlantique. A cet égard, nous continuerons d'agir comme nous l'avons fait, en apportant notre soutien à toute initiative en faveur du renforcement de l'autonomie stratégique de l'Europe.