Bruno Retailleau,
Ministère de l'intérieur •
17 juin 2025La prise en compte des vulnérabilités du monde rural est un enjeu stratégique au cœur des préoccupations gouvernementales. Des mesures sécuritaires importantes destinées à endiguer les violences envers les agriculteurs ont été prises. Afin de répondre aux besoins de cette profession exposée, la gendarmerie déploie des dispositifs de prévention et de partenariats au profit des agriculteurs, et se mobilise dans la judiciarisation des infractions touchant le monde agricole. S'agissant des actions de prévention, la gendarmerie est pleinement engagée dans la lutte contre toutes les formes d'atteintes en garantissant une présence de voie publique toujours plus importante ; la création de 239 nouvelles brigades entre 2024 et 2024, dont deux tiers de brigades mobiles, s'inscrit pleinement dans cette démarche et participe à la densification du maillage territorial. Les référents et correspondants « sûreté », présents dans chaque groupement de gendarmerie départementale et commandements de la gendarmerie d'outre-mer, arment la chaîne de prévention situationnelle. A la demande des agriculteurs, ils peuvent être engagés pour réaliser des évaluations portant sur les vulnérabilités des emprises agricoles et fournir des préconisations techniques, humaines et organisationnelles afin d'y remédier. En parallèle, les chaînes d'alerte SMS « Vigi-agri », mises en œuvre dans les groupements en lien avec les chambres d'agriculture départementales, permettent de lutter contre les atteintes aux biens (ex. : vols, dégradations, intrusions) et de prévenir les agressions au sein des exploitations agricoles. De plus, en fonction des besoins locaux, l'offre de sécurité est adaptée par les groupements de gendarmerie. Le dispositif « Gend'Viti », initié par le groupement de la Marne, permet ainsi aux gendarmes d'être à l'écoute du monde viticole, en particulier pour les vendanges. Cette brigade mobile saisonnière permet de recueillir des signalements, de prendre des plaintes en mobilité et d'assurer une présence au plus près des agriculteurs et de la population. Cette démarche « d'aller vers » les agriculteurs tient compte de leurs contraintes professionnelles en facilitant le recueil de plaintes en mobilité et la judiciarisation des faits. La sécurité du monde agricole nécessite par ailleurs sa pleine et parfaite information quant aux menaces existantes. Ainsi la gendarmerie nationale mobilise les vecteurs traditionnels (ex. : réunions publiques, presse quotidienne, radio) et digitaux (application MaSécurité du ministère de l'intérieur, réseaux sociaux, etc.) afin de sensibiliser les exploitants à l'émergence de phénomènes délictuels et diffuser des conseils de mise en sûreté. L'accompagnement des agriculteurs s'opère également par la promotion d'une culture commune de sécurité reposant sur des échanges réguliers entre les acteurs du monde agricole et les forces de gendarmerie. Dans cette optique, une convention de partenariat a été signée en décembre 2019 entre le ministère de l'intérieur, la fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles et les jeunes agriculteurs. Cette convention fait l'objet d'une animation trimestrielle par la gendarmerie qui permet d'aborder l'état de la délinquance et les préoccupations du monde agricole (ex. : mesures de prévention, etc.). En outre, cette convention nationale a été déclinée au niveau local par les groupements de gendarmerie qui entretiennent des liens réguliers avec les représentants locaux de ces syndicats professionnels. Cette manœuvre globale de prévention est confortée par la volonté d'identifier le plus en amont possible les éventuelles menaces, qu'elles soient liées à des enjeux de délinquance ou à des groupes radicalisés violents. La recherche du renseignement est ainsi menée localement par les brigades, dans le cadre de la police de sécurité du quotidien, avec des capacités d'analyse détenues par des services spécialisés comme le service de renseignement criminel de la gendarmerie nationale, qui établit trimestriellement une analyse des faits de délinquance touchant le monde agricole. La gendarmerie lutte également contre les phénomènes sériels d'appropriation et de destruction touchant cette filière en mobilisant des offices centraux et sa chaîne judiciaire jusqu'aux brigades, sous la direction de l'autorité judiciaire. Dans les territoires, cette offre de sécurité est adaptée par les groupements de gendarmerie aux besoins locaux. Ainsi, s'agissant de la Seine-et-Marne, un référent dédié à la profession agricole a été désigné et engagé auprès des responsables de la profession pour identifier et faire remonter les besoins locaux au commandant de groupement. L'accompagnement des agriculteurs se matérialise également par des échanges réguliers entre les acteurs du monde agricole et les forces de l'ordre. Dans cette optique, la convention de partenariat signée en 2019 est pleinement déclinée par le groupement 77. Cette déclinaison se concrétise notamment par l'expérimentation du financement, par la FDSEA 77 et pour ses adhérents, de trackers géolocalisant en temps réel véhicules et matériels agricoles. Lorsque l'agriculteur est informé de la sortie de son bien d'une zone prédéfinie, il alerte le centre des opérations de la gendarmerie (CORG) via un numéro prioritaire, et lui communique un lien internet permettant de suivre en temps réel les déplacements du véhicule ou du matériel. En réponse, le CORG peut engager une patrouille sur les lieux d'un vol potentiel. Cette expérimentation a fait l'objet d'un premier test concluant. Aussi, les services de gendarmerie s'investissent pleinement dans le volet judiciaire lié à ces atteintes. À titre d'exemple, en septembre dernier, l'auteur d'un vol de trois GPS agricoles a été interpellé à BASSEVELLE (77) et a fait l'objet d'une condamnation à 7 mois d'emprisonnement. Plus récemment encore, l'auteur d'un vol d'outil au sein d'une exploitation à RAMPILLON (77) a été interpellé et fera l'objet d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité dans les prochaines semaines.