CONDITIONS D'ENSEIGNEMENT À SAINT-MARTIN
Mme la présidente . La parole est à M. Frantz Gumbs, pour exposer sa question, n° 311, relative aux conditions d'enseignement à Saint-Martin.
M. Frantz Gumbs . Je me suis permis de comparer les résultats du Pisa – Programme international pour le suivi des acquis des élèves – de cinq pays que nous connaissons tous, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Canada et les États-Unis, en privilégiant deux matières : les mathématiques et la lecture. Ces cinq pays sont comparables parce qu'ils connaissent des évolutions sociétales similaires, caractérisées par des publics scolaires d'une grande diversité ethnique et culturelle, en particulier linguistique, dans certains endroits. La France est quatrième sur cinq en mathématiques et cinquième sur cinq en lecture.
Dans ce contexte, je souhaite vous faire part de mon sentiment que le système éducatif français aurait de meilleurs résultats sur ces territoires à forte identité régionale si, la formation académique des enseignants étant la même pour tous, le profil culturel de ces derniers leur laissait plus de liberté pour s'adapter à la culture régionale, en particulier linguistique, du public scolaire qu'ils rencontrent. Le premier résultat serait selon moi une modification du rapport à l'école, de la confiance en l'école de la part des élèves et de leurs parents.
J'illustrerai mon propos avec l'exemple de l'académie de Guadeloupe, en particulier celui du territoire de Saint-Martin. À Saint-Martin, la langue usuelle la plus parlée est l'anglais saint-martinois, plus de huit écoliers sur dix et près de sept collégiens sur six sont scolarisés en réseau d'éducation prioritaire (REP), et les évaluations nationales montrent que le taux moyen d'élèves présentant une maîtrise satisfaisante en français est de vingt-six points inférieur au taux moyen académique, et de quarante points inférieur au taux moyen national, étant précisé que, d'aussi loin que je me souvienne, on constate ces contre-performances – autant dire qu'elles existent depuis très longtemps –, et que ces résultats se sont aggravés entre 2023 et 2024.
Dans ce contexte territorial si particulier, la logique comptable qui consiste à supprimer des postes lorsque les effectifs sont en baisse n'est pas de nature à améliorer les résultats. La revendication de postes et de moyens n'est cependant pas mon sujet aujourd'hui ; les organisations syndicales le font suffisamment bien. Il me semble en revanche qu'un des facteurs qui influence négativement les résultats scolaires dans ce contexte culturel si particulier est précisément la trop grande déconnexion culturelle entre enseignants et enseignés.
Afin d'améliorer la situation et les résultats scolaires, il me semble nécessaire, entre autres, d'adapter l'organisation des mouvements interacadémiques, en séparant les demandes visant la Guadeloupe proprement dite de celles destinées à Saint-Martin et de celles destinées à Saint-Barthélemy, et aussi de favoriser le recrutement de profils volontaires, adaptés et préparés. À défaut de l'avoir choisie, de trop nombreux enseignants subissent leur affectation, la vivent mal et font tout pour partir le plus rapidement possible.
Pourriez-vous envisager de porter un regard particulier sur l'état de l'école dans les outre-mer, dans l'académie de Guadeloupe et dans ma circonscription en particulier ? Nous ne pouvons pas continuer à être ainsi, indéfiniment, au-dessous de tout.
Mme la présidente . La parole est à Mme la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire . Je me permets de vous répondre au nom de Mme la ministre de l'éducation nationale qui m'a fourni les éléments suivants. Votre question permet de revenir sur l'importance que nous attachons à la réussite des élèves partout sur le territoire. Cette réussite passe par l'amélioration des conditions d'encadrement. Nous faisons le constat d'une forte baisse démographique, comme vous le savez : pour la rentrée 2025, nous compterons près de 93 000 élèves en moins, dont 80 000 dans le premier degré. Cette baisse touche la métropole, mais aussi plusieurs territoires ultramarins, en particulier les Antilles françaises ainsi que Saint-Martin. De cette baisse démographique, nous faisons une force, qui permettra de poursuivre la baisse du nombre moyen d'élèves par classe, lequel atteindra à la rentrée prochaine le niveau historiquement bas de 21,1 élèves par classe en moyenne. C'est aussi un facteur de réussite. Vous invitez la ministre d'État à mettre la baisse démographique au service de la réduction des inégalités sociales et territoriales : c'est bien ce que nous faisons, à l'échelle nationale comme à l'échelle locale.
Pour l'académie de Guadeloupe, la diminution des effectifs depuis 2017 est de l'ordre de 18 %, plus du double de la moyenne de la baisse nationale. Malgré cette évolution, les moyens ont été maintenus, ce qui s'est traduit par l'amélioration du taux d'encadrement des élèves, passé, entre 2017 et aujourd'hui, de 21 à 16,3 élèves par classe dans l'académie.
À Saint-Martin, la baisse des effectifs sera de 2,7 % à la rentrée. Afin de préserver les conditions d'apprentissage les plus satisfaisantes possibles, seules quatre classes seront supprimées sur les dix-sept fermetures prévues initialement. Nous sommes très attentifs à ce que la fermeture des classes n'affecte en rien la réussite des élèves.
Concernant enfin l'adaptation des enseignants aux publics particuliers de ces territoires, vous devrez en discuter plus avant avec la ministre de l'éducation nationale.