Karen Erodi Le Tarn est symptomatique de ce qui se passe dans tout le pays : une hémorragie industrielle sape le tissu économique et social dans les départements ruraux et détruit des milliers d'emplois. Vous vous félicitez des créations d'emplois, mais la réalité est bien plus crue : depuis septembre dernier, plus de 300 « plans de sauvegarde de l'emploi » – bien mal nommés – ont été présentés, ce qui correspond à près de 300 000 emplois détruits ou en passe de l'être ; plus de 65 000 entreprises ont fait faillite en 2024, dont 5 000 PME ; un nombre toujours croissant de salariés sont laissés sur le carreau, sans perspective de reconversion ni filet de sécurité digne de ce nom.
Le Tarn, comme tant d'autres territoires industriels, subit de plein fouet cette désindustrialisation accélérée. Ce ne sont pas juste des chiffres, ce sont des usines qui ferment, des savoir-faire qui disparaissent, des centaines de familles laissées dans l'incertitude et la précarité !
Je donnerai trois exemples sur mon territoire. À Terssac, l'entreprise Thales simulation and training supprime trente-neuf postes sur quatre-vingt-onze : les syndicats craignent même, à terme, une fermeture de tout le site, car il n'a pas une envergure suffisante pour affronter la concurrence internationale. Près de 40 % des effectifs sont sacrifiés alors même que l'État est actionnaire ! Si une entreprise stratégique comme Thales, qui produit des simulateurs pour la défense nationale, réduit ses capacités industrielles en France, que restera-t-il de notre souveraineté industrielle, et même militaire ? Que deviendront-elles si nous laissons partir ces compétences vers d'autres pays ?
À Saint-Juéry, l'entreprise FCT a connu un tel sort : soixante-quinze salariés sont licenciés après une liquidation judiciaire en 2023. Certes, un repreneur a embauché une partie d'entre eux mais une quinzaine de travailleurs restent sans solution. Ils ne bénéficient ni d'un plan de requalification ni d'un soutien spécifique. Là encore, l'État est resté spectateur.
Enfin, à Albi, la Safra, entreprise pionnière dans le bus à hydrogène, qualifié de secteur d'avenir par Bruno Le Maire lors de sa visite, est aujourd'hui en redressement judiciaire – 171 emplois sont en péril. La cause ? Malgré les aides ponctuelles, les commandes publiques ne sont jamais arrivées. L'État abandonne cette entreprise stratégique, qui a manqué d'un soutien local, régional ou étatique structuré, cohérent et à long terme.
Ces trois exemples ne sont pas des cas isolés. Ils révèlent une forfaiture face au grand déménagement du monde. L'État ne joue plus son rôle d'investisseur, de protecteur et de stratège de l'industrie nationale. Soyons clairs : ce qui tue notre industrie, c'est l'absence de volonté politique ! Les salariés de Thales, de FCT et de la Safra ne demandent pas qu'on saupoudre de l'argent public, une fois leur situation reconnue comme critique.
L'heure est grave et la situation nous préoccupe, sur tous les bancs de l'hémicycle. Pouvez-vous expliquer comment Thales, dont l'État est actionnaire, en arrive à supprimer 40 % des emplois ? Pourquoi, après la liquidation de FCT, des salariés restent-ils sans solution ? Pourquoi les pouvoirs publics n'ont-ils pas engagé de bras de fer avec l'entreprise pour, par exemple, conditionner la reprise du site à des réembauches qui n'oublieraient personne ?
Malgré les aides, l'entreprise Safra est en redressement faute de commandes : où est la politique du carnet de commandes, poursuivant des objectifs sociaux, environnementaux et d'intérêt général ? Enfin, sempiternelle question : alors que les grands groupes du CAC40 versent 100 milliards d'euros de dividendes tout en licenciant, quand allez-vous enfin conditionner les aides publiques au maintien des emplois ?