Marie-Noëlle Battistel Ma question s'adresse à M. le ministre chargé de l'industrie et de l'énergie.
Les crises sanitaires comme énergétiques que nous avons traversées nous ont convaincus, s'il en était besoin, de l'urgence de réindustrialiser notre pays. La souveraineté, l'emploi et l'autonomie sont autant de principes que nous partageons et qui doivent nous guider sur le chemin d'une industrie française et européenne puissante et indépendante. Aujourd'hui, nous avons l'occasion de démontrer notre détermination collective et d'agir pour conserver le tissu industriel de notre pays.
Avant même de penser à réindustrialiser, il faut nous battre pour conserver nos fleurons, qui font la fierté et la force de notre pays. Au Pont-de-Claix, en Isère, l'usine Vencorex, présente sur la plateforme chimique créée en 1916, produit du sel, du chlore, de la soude et les dérivés monomères et isocyanates, indispensables aux secteurs stratégiques comme la défense, l'aérospatiale ou le nucléaire.
Depuis qu'elle a été placée en redressement judiciaire en septembre, l'entreprise n'a reçu aucune offre de reprise sérieuse. Aujourd'hui, son avenir est suspendu aux choix que nous pouvons faire. Sa fermeture serait une catastrophe pour les 550 salariés, mais aussi pour la filière chimique du Sud Grenoblois et la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui verraient à terme plus de 6 000 emplois directement menacés. Ce serait aussi une catastrophe pour l'ensemble de l'industrie chimique de notre pays : la chute du premier domino pourrait entraîner l'écroulement d'une filière souveraine qui nous permet d'assurer notre défense ou la fabrication du carburant d'Ariane. Les premiers effets sont déjà visibles chez Arkema, qui réfléchit à une restructuration et à la fermeture éventuelle d'ateliers. Ce n'est que le début d'une longue série, si nous n'agissons pas.
À cinquante jours de la fermeture de deux des dix-huit plateformes chimiques françaises, il n'y a pas de fatalité : cette catastrophe peut être évitée. Les salariés, les organisations syndicales et les élus de toutes sensibilités ont proposé à l'État de prendre ses responsabilités et de nationaliser temporairement cette entreprise. Cette demande raisonnable, rationnelle et pragmatique offrirait un horizon à la totalité de la filière française. Elle conforterait notre souveraineté industrielle, grâce à l'intervention de l'État, et éviterait de voir s'envoler à l'étranger les millions d'euros d'investissement public déboursés ces dernières années.
Des mesures concrètes sont attendues de votre part, par les 6 000 salariés, qui seront demain devant Bercy et qui ont derrière eux tout le territoire. L'avenir de l'industrie en France en dépend. La réponse que vous venez de donner à notre collègue n'est vraiment pas satisfaisante. Il y a quelques années, des nationalisations temporaires ont permis le redémarrage d'activités. Au regard des milliards que coûteraient la restructuration et la dépollution de ce site, une renationalisation à 200 millions n'est pas un investissement à perte mais un investissement permettant de maintenir la souveraineté industrielle de la chimie française. C'est ce que nous attendons.