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🧭Gouvernement Bayrou
François Bayrou
, Premier ministre
Élisabeth Borne
, Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
Manuel Valls
, Ministère des outre-mer
Gérald Darmanin
, Ministère de la justice
Bruno Retailleau
, Ministère de l'intérieur
Catherine Vautrin
, Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles
Éric Lombard
, Ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique
Sébastien Lecornu
, Ministère des armées
Rachida Dati
, Ministère de la culture
François Rebsamen
, Ministère de l’aménagement du territoire et de la décentralisation
Jean-Noël Barrot
, Ministère de l’Europe et des affaires étrangères
Agnès Pannier-Runacher
, Ministère de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche
Annie Genevard
, Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire
Laurent Marcangeli
, Ministère de l'action publique, de la fonction publique et de la simplification
Marie Barsacq
, Ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative
Avec
Marc Ferracci
, Ministère auprès du ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé de l’industrie et de l’énergie22 janv. 2025

USINE VENCOREX DU PONT-DE-CLAIX


M. le président . La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour exposer sa question, n°  97, relative à l'usine Vencorex du Pont-de-Claix.

Mme Marie-Noëlle Battistel . Ma question s'adresse à M. le ministre chargé de l'industrie et de l'énergie.

Les crises sanitaires comme énergétiques que nous avons traversées nous ont convaincus, s'il en était besoin, de l'urgence de réindustrialiser notre pays. La souveraineté, l'emploi et l'autonomie sont autant de principes que nous partageons et qui doivent nous guider sur le chemin d'une industrie française et européenne puissante et indépendante. Aujourd'hui, nous avons l'occasion de démontrer notre détermination collective et d'agir pour conserver le tissu industriel de notre pays.

Avant même de penser à réindustrialiser, il faut nous battre pour conserver nos fleurons, qui font la fierté et la force de notre pays. Au Pont-de-Claix, en Isère, l'usine Vencorex, présente sur la plateforme chimique créée en 1916, produit du sel, du chlore, de la soude et les dérivés monomères et isocyanates, indispensables aux secteurs stratégiques comme la défense, l'aérospatiale ou le nucléaire.

Depuis qu'elle a été placée en redressement judiciaire en septembre, l'entreprise n'a reçu aucune offre de reprise sérieuse. Aujourd'hui, son avenir est suspendu aux choix que nous pouvons faire. Sa fermeture serait une catastrophe pour les 550 salariés, mais aussi pour la filière chimique du Sud Grenoblois et la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui verraient à terme plus de 6 000 emplois directement menacés. Ce serait aussi une catastrophe pour l'ensemble de l'industrie chimique de notre pays : la chute du premier domino pourrait entraîner l'écroulement d'une filière souveraine qui nous permet d'assurer notre défense ou la fabrication du carburant d'Ariane. Les premiers effets sont déjà visibles chez Arkema, qui réfléchit à une restructuration et à la fermeture éventuelle d'ateliers. Ce n'est que le début d'une longue série, si nous n'agissons pas.

À cinquante jours de la fermeture de deux des dix-huit plateformes chimiques françaises, il n'y a pas de fatalité : cette catastrophe peut être évitée. Les salariés, les organisations syndicales et les élus de toutes sensibilités ont proposé à l'État de prendre ses responsabilités et de nationaliser temporairement cette entreprise. Cette demande raisonnable, rationnelle et pragmatique offrirait un horizon à la totalité de la filière française. Elle conforterait notre souveraineté industrielle, grâce à l'intervention de l'État, et éviterait de voir s'envoler à l'étranger les millions d'euros d'investissement public déboursés ces dernières années.

Des mesures concrètes sont attendues de votre part, par les 6 000 salariés, qui seront demain devant Bercy et qui ont derrière eux tout le territoire. L'avenir de l'industrie en France en dépend. La réponse que vous venez de donner à notre collègue n'est vraiment pas satisfaisante. Il y a quelques années, des nationalisations temporaires ont permis le redémarrage d'activités. Au regard des milliards que coûteraient la restructuration et la dépollution de ce site, une renationalisation à 200 millions n'est pas un investissement à perte mais un investissement permettant de maintenir la souveraineté industrielle de la chimie française. C'est ce que nous attendons.

M. le président . La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique.

Mme Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique. Vous avez interrogé mon collègue Marc Ferracci sur la situation de Vencorex. Comme j'ai eu l'occasion d'en parler tout à l'heure, ma réponse sera la même. La procédure de redressement judiciaire ouverte en septembre a été déclenchée par la décision de l'actionnaire thaïlandais de ne plus assumer les pertes de l'entreprise. Cette décision a été prise après cinq mois de procédure de conciliation.

Dans ce contexte, la délégation interministérielle aux restructurations d'entreprise (Dire) s'est investie pendant plusieurs mois. Son objectif a été de chercher des solutions pour les salariés, mais aussi de limiter l'impact de la défaillance de l'entreprise sur ses clients et ses fournisseurs. Pour les salariés de Vencorex, cela se traduit par le traitement social que j'ai évoqué tout à l'heure, avec le déblocage d'une importante indemnité de 40 000 euros par salarié, qui ne serait pas repris à l'issue de la procédure collective. L'actionnaire mettra en œuvre toutes les mesures nécessaires. Quant à l'État, son action a permis de circonscrire au maximum les effets en chaîne sur la chimie française et les activités mettant en jeu notre souveraineté.

L'absence de perspectives de redressement du marché et le coût très important d'une telle reprise n'ont pas permis de construire des scénarios industriels viables. Seule la filiale hongroise d'un industriel chinois s'est positionnée pour reprendre un petit périmètre et une cinquantaine d'emplois. Le diagnostic posé par tous ces acteurs est qu'il n'existe pas d'équilibre économique à la reprise de tout ou partie de ces activités. Enfin, le gouvernement a déjà pu exprimer sa position sur la nationalisation. Pour rappel, le seul plan présenté prévoyait des pertes cumulées de plusieurs centaines de millions d'euros sur près de dix ans. Il n'existe donc pas de perspectives pour le modèle économique de Vencorex. Dans ce contexte, la nationalisation n'est pas une solution envisagée.

M. le président . La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel.

Mme Marie-Noëlle Battistel . Vous avez strictement répété vos précédents propos sans répondre à la fin de ma question. Avez-vous comparé l'investissement à engager pour une nationalisation temporaire et l'investissement nécessaire à la remise en état du site, que l'État thaïlandais ne fera pas ? À la fin, l'investissement sera dix fois plus coûteux pour l'État ou les collectivités. Cette réponse est donc inacceptable. En effet, une renationalisation est tout à fait raisonnable, comme l'a montré, il y a quelques mois, le plan équilibré proposé par l'entreprise. On comprend assez mal qu'il soit refusé. Demain, les salariés et les élus iront devant Bercy et seront reçus, je l'espère, par le ministre, afin d'étudier cette solution.

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