Jean-Louis BourlangesMonsieur le Premier ministre, la disparition de Valéry Giscard d'Estaing nous fait vivre un singulier paradoxe. L'ancien président de la République était un homme de 94 ans, qui avait quitté le pouvoir voici près de quarante ans et à qui la faveur du peuple n'avait accordé qu'un mandat de sept ans. Eh bien, cet homme-là, tout le montre, dans les commentaires, les images et les éloges qui entourent son départ, est resté notre contemporain capital.
Que nous dit donc aujourd'hui Valéry Giscard d'Estaing qui nous importe au premier chef et qui doit, monsieur le Premier ministre, vous importer comme à nous ?
Nous mesurons d'abord que son œuvre, une œuvre dont tant de nos concitoyens avaient tendance à oublier qu'il en était l'auteur, pétrit toute notre vie quotidienne. Au lendemain de mai 1968, il n'a pas inventé la modernité, mais il l'a inscrite décisivement dans nos lois et dans nos usages.
Ses combats, l'égalité des femmes et des hommes, l'émancipation de la société civile, la reconnaissance des droits et du rôle de la jeunesse et la construction d'une Union européenne ambitieuse et politique, sont aujourd'hui nos combats de tous les jours.
À l'affrontement des Gorgones et des Méduses, il a passionnément voulu substituer le règne de ce qui nous manque le plus cruellement aujourd'hui : une démocratie paisible et réfléchie construite autour d'une idée partagée du bien commun.
Monsieur le Premier ministre, vous êtes confronté à une France plurielle, fragmentée, divisée et qui semble en permanence être au bord de la crise de nerfs. Nous vous demandons d'aller plus loin dans la fidélité au message du président Giscard d'Estaing. Nous vous demandons de prendre les initiatives qui s'imposent pour que notre pacte républicain, aujourd'hui si mal en point, soit refondé et que la démocratie représentative, dont nous sommes dans cette chambre les dépositaires, soit pleinement réhabilitée. Êtes-vous prêt, monsieur le Premier ministre, à écrire avec nous un nouveau chapitre de la démocratie française ?