Jean-Yves Le Drian,
Ministère de l'Europe et des affaires étrangères •
4 août 2020Les mesures adoptées à travers le monde, et notamment en Afrique, pour stopper la propagation de l'épidémie de Covid-19, comprennent souvent des limitations aux mouvements de populations. Prises pour des raisons sanitaires, ces restrictions peuvent avoir des conséquences négatives sur des populations vulnérables déjà confrontées à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire et de malnutrition, qui ne disposent pas de protection sociale dans des contextes d'économies souvent informelles. Au Sahel et en Afrique de l'Ouest, l'impact des restrictions de mouvement devrait être très important sur les populations agricoles et rurales déjà fragilisées par la crise sécuritaire. Les experts estiment que près de 17,2 millions de personnes y sont actuellement en situation d'insécurité alimentaire aiguë et ce nombre pourrait croître de plus de 50 millions d'ici les mois d'août ou septembre, à la période dite de soudure (entre saison sèche et saison des pluies), soit un niveau six fois plus élevé que ces dernières années. De l'autre côté du continent, l'Afrique de l'Est fait aujourd'hui face à la plus grave invasion de criquets pèlerins depuis des décennies, fléau qui fragilise une zone qui comptait déjà 20 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire. Cette crise acridienne menace la sécurité alimentaire de 70 millions de personnes dans la région. Les mesures de contrôle des déplacements face à la pandémie affectent en outre les opérations de contrôle des ravageurs et la distribution de denrées et autres intrants. Dans le cadre de la réponse à la pandémie et de l'appui à l'Afrique, l'Agence française de développement (AFD) a lancé une initiative « Covid-19 : Santé en Commun », d'un montant de 1,2 milliard d'euros pour aider les pays fragiles à faire face aux conséquences immédiates de la crise, au plan sanitaire, économique et social. Des pistes d'actions complémentaires ont été identifiées par l'AFD dans le domaine de la sécurité alimentaire, de la nutrition et du développement rural. Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères tient également compte de la crise sanitaire et de ses conséquences sur la sécurité alimentaire dans le cadre de l'attribution de l'Aide alimentaire programmée en 2020 : 47 millions d'euros ont ainsi été engagés depuis le début de l'année, dont près de 32 millions destinés à l'Afrique, en partie alloués au Programme alimentaire mondial. Dans le cadre de ce dispositif, l'invasion de criquets pèlerins en Afrique de l'Est, qui menace d'autres régions du continent, a également été prise en considération. Un peu plus de 6 millions d'euros ont été versés au premier trimestre 2020 pour apporter une aide alimentaire et nutritionnelle aux populations fortement affectées par la crise acridienne.