DÉLINQUANCE DANS LES TERRITOIRES RURAUX ET PÉRIURBAINS
Mme la présidente. La parole est à Mme Typhanie Degois, pour exposer sa question, n° 1274, relative à la délinquance dans les territoires ruraux et périurbains.
Mme Typhanie Degois. Des biens publics dégradés, des Français agressés au hasard dans la rue, des forces de l'ordre prises pour cible : ce sont des réalités. Les violences qui gangrènent notre pays, c'est la réalité. Aujourd'hui l'intolérable insécurité qui touche les métropoles s'est répandue jusque dans les territoires les plus paisibles. Les Français attendent des actes forts du Gouvernement pour les protéger.
En 2020, les actes de délinquance et de violence ont connu une hausse de 8 % dans les territoires ruraux et périurbains, et la Savoie, malheureusement, ne fait pas exception. Cette année a été marquée par une augmentation des incivilités et des violences aux abords des lacs alpins ; récemment, plusieurs bus ont été caillassés, des pompiers en intervention ont été agressés et des policiers ont été la cible de tirs de mortier. Il y a quelques jours encore, un homme a ouvert le feu sur des gendarmes. Au-delà de ces quelques exemples, les chiffres confirment cette réalité : entre 2018 et 2019, les atteintes à la nation et aux dépositaires de l'autorité en Savoie ont augmenté, passant de 415 à 425 cas ; les dégradations, destructions et incendies volontaires ont eux aussi connu une progression, passant de 1391 à 1552 faits.
Devant l'insécurité grandissante, les collectivités locales et les forces de l'ordre font de leur mieux : renforcement des polices municipales, installation de systèmes de vidéoprotection, modernisation des équipements. Certes, l'augmentation des crédits budgétaires pour 2021 constitue un début de réponse, mais elle ne suffira pas. En effet, nous ne connaissons pas un sentiment d'insécurité, mais bien une insécurité concrète, réelle, quotidienne. Elle n'est plus limitée aux métropoles ni aux quartiers prioritaires de la ville : au fil des années, au fil aussi de l'inaction politique et du manque de fermeté, elle s'est propagée sur l'ensemble du territoire. Puisqu'il s'agit d'un enjeu national, quelles mesures concrètes et rapides comptez-vous prendre pour renforcer efficacement la sécurité de nos compatriotes ? Comment la direction départementale unique, annoncée en novembre dernier et installée à titre expérimental en Savoie, luttera-t-telle contre cette délinquance ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d'État chargée de la jeunesse et de l'engagement.
Mme Sarah El Haïry, secrétaire d'État chargée de la jeunesse et de l'engagement. Permettez-moi de vous présenter les excuses du ministre de l'intérieur, actuellement retenu au Beauvau de la sécurité. Il m'a chargée de vous transmettre sa réponse.
La photographie de l'insécurité et de la délinquance en 2020, présentée par le service statistique ministériel de la sécurité intérieure, fait effectivement apparaître une année très singulière, comme vous l'avez souligné en citant des faits extrêmement choquants, auxquels nous ne devons jamais nous habituer. Votre département, la Savoie, illustre cette tendance. Si la plupart des indicateurs de la délinquance reculent, certains poursuivent leur augmentation, tels ceux qui concernent les violences envers les personnes. Pour votre département, l'évolution demeure maîtrisée, si je puis m'exprimer ainsi, avec une augmentation de 2,1 % en zone gendarmerie, par rapport à l'année 2019. Les atteintes aux dépositaires de l'autorité publique, que vous faites bien de dénoncer, ont diminué de 15 % en 2020. De même, les atteintes aux biens ont baissé de 25 % en zone gendarmerie, et les atteintes à la tranquillité publique ont diminué de 7,9 % en zone gendarmerie nationale. Ces résultats sont le fruit d'une intense mobilisation des forces de sécurité, que nous saluons et que nous accompagnons.
Dans le cadre de sa stratégie de prévention de la délinquance 2020-2024, la gendarmerie mobilise ses moyens et concentre ses efforts sur les différents foyers observés en Savoie, aujourd'hui précisément identifiés. Elle déploie des dispositifs innovants pour combattre la délinquance et mieux répondre aux attentes de la population. Conséquence de cet engagement, le taux de résolution des atteintes volontaires à l'intégrité physique a été haussé à 6,5 %, ce qui donne de l'énergie et de la motivation aux forces de sécurité. La police nationale, quant à elle, poursuit le chantier de rénovation de son organisation, qui sera un des piliers pour mieux la doter et l'accompagner dans la lutte contre l'accroissement de la violence.
Vous l'avez dit, depuis janvier 2021, une direction départementale unique est testée dans trois départements, dont la Savoie. L'objectif est d'optimiser les fonctions opérationnelles autour des principaux métiers, d'améliorer l'efficacité de la gouvernance territoriale, grâce à un commandement unifié, et de rendre l'action de la police plus lisible, tant pour la population que pour ses partenaires locaux. Une première évaluation sera effectuée, à l'issue de six mois de fonctionnement.
En outre, le Gouvernement soutient l'engagement de nos forces. Sur le quinquennat, à la demande du ministre de l'intérieur, l'effectif des policiers et des gendarmes comptera 10 000 postes supplémentaires. Ces efforts inédits en matière de recrutement, de formation et de moyens s'amplifient, afin de mieux prévenir et de mieux lutter contre toutes les formes de délinquance et de violence. Enfin, le ministère de l'intérieur est pleinement mobilisé pour répondre avec force à toutes les formes de délinquance, dans le cadre du Beauvau de la sécurité. Les travaux en cours et à venir portent une attention toute particulière aux violences que vous avez dénoncées et aux incivilités, afin de renforcer efficacement les conditions matérielles d'intervention des forces de sécurité intérieure, dans tous les territoires.
Mme la présidente. La parole est à Mme Typhanie Degois.
Mme Typhanie Degois. Merci pour ces précisions. Nous avons besoin d'effectifs en Savoie, comme cela a été rappelé hier au ministre, qui était en visite dans le département dans le cadre du Beauvau de la sécurité. La population du département double l'hiver ; 120 réservistes y sont normalement affectés, mais, en raison des manifestations, ils sont déployés dans les métropoles et non chez nous. Si je devais insister sur un point, ce serait pour demander que la politique de la ville n'enlève pas de crédits aux territoires périurbains.