Éric CoquerelMonsieur le Premier ministre, la France est malade. Cette maladie se propage ; cette maladie, c'est la misère. La France, 66 millions d'habitants, comptera à la fin de l'année 10 millions de pauvres ; 8 millions de Français vont chercher, la boule au ventre, une aide alimentaire.
« Nous n'avons jamais vécu une situation pareille depuis la seconde guerre mondiale », nous dit le Secours populaire. Une responsable de Médecins du Monde nous a confié qu'elle avait dû gérer en Seine-Saint-Denis une situation comparable à celle des pays pauvres. Je veux rendre hommage à ces associations, aux familles aussi, qui combattent, seules, l'épidémie de misère qui ronge le pays.
Seules, parce que l'État n'est plus là. Le Président est parti en guerre contre un virus, paraît-il, mais il a capitulé face à la misère. Non, vous n'êtes plus là : moins de 1 % des 100 milliards du plan de relance est consacré au soutien aux personnes pauvres et précaires. Il aurait pourtant suffi de 7 milliards d'euros pour éradiquer la grande pauvreté, pour que la solidarité ne soit pas qu'un mot. Aussi je vous demande de prendre position sur les premières mesures concrètes que je vais vous présenter.
Je pense à notre jeunesse à genoux. Pour qu'elle puisse rester debout, on pourrait ouvrir le RSA – revenu de solidarité active – aux 18-25 ans, ou recruter 300 000 emplois jeunes au SMIC. Dans une société solidaire, la gratuité des premiers mètres cubes d'eau, de l'électricité et du gaz ne serait pas un cadeau, mais une juste mesure contre la misère.