Adrien QuatennensMonsieur le Premier ministre, dans l'affaire de l'OPA de Veolia sur Suez, c'est l'intérêt général qui est en cause : on parle ici de la gestion de l'eau et des déchets en France, d'un outil dont nous aurons impérativement besoin pour engager la bifurcation écologique. L'eau est un bien commun, qui ne devrait pas faire l'objet d'une guerre entre actionnaires.
Si cette OPA était menée à son terme, nous pourrions craindre un scandale du même type que celui des autoroutes : des prix à la hausse et un démantèlement de Suez pour satisfaire les exigences de la concurrence, avec à la clé, plus de 4 000 emplois menacés. Les Français n'ont aucun intérêt à la constitution d'un monopole privé en la matière.
Mais ma question, monsieur le Premier ministre, porte surtout sur les mensonges du Gouvernement et votre duplicité dans cette affaire où nous voyons une trahison, un scandale d'État ! Je vous le demande solennellement, cessez de nous prendre pour des imbéciles ! Vous ne ferez croire à personne qu'en France, une entreprise peut lancer une OPA hostile contre Suez, où l'État est totalement engagé, sans que celui-ci ait donné, d'une manière ou d'une autre, son feu vert à cette funeste opération.
Bien sûr, pour sauver les apparences face aux Français, l'État a voté contre la cession à Veolia des actions Suez détenues par Engie, mais vous ne ferez croire à personne que l'État peut être mis en minorité au sein d'un conseil d'administration dont il est l'un des principaux actionnaires, sans que cette mise en minorité ait été organisée avec sa propre complicité. C'est une farce, et il est temps de siffler la fin de la récréation pour monsieur Macron, monsieur Kohler, monsieur Frérot et monsieur Clamadieu : la France n'est pas un gibier dont on découpe les bons morceaux pour s'en faire des cadeaux entre amis en récompense de bons et loyaux services !
Nous demandons que l'Assemblée nationale se saisisse de cette affaire en constituant une commission d'enquête. Monsieur le Premier ministre, votre réponse vous engagera devant l'histoire : qu'avez-vous à répondre aux révélations du journal Mediapart, selon lesquelles l'Élysée serait intervenu directement dans cette affaire contre l'intérêt général ? A-t-on comploté dans le dos des Français dans ce dossier et, le cas échéant, qu'avez-vous l'intention de faire pour que les comploteurs soient pourchassés et punis ?