Éric CoquerelMa question s'adresse à M. Darmanin. Hier soir, place de la République à Paris, une répression totalement disproportionnée s'est abattue sur des réfugiés et des bénévoles d'associations humanitaires. Ceux qui ont parfois tout perdu, ceux qui n'ont rien, pas même un toit, se sont abrités symboliquement sous la statue de la République pour exiger des droits fondamentaux. Ils étaient pacifiques. L'ordre a été donné de les évacuer, « quoi qu'il en coûte », alors qu'ils ne représentaient aucune menace. La police a molesté des élus, dont j'étais, dans le seul but de nous empêcher de protéger ces gens. La police a frappé des journalistes dans le seul but de les empêcher de dire la vérité.
Cela fait deux ans que les mouvements sociaux sont confrontés à une doctrine qui ne vise plus à maintenir la paix, mais à maintenir l'ordre, votre ordre injuste. Mais ces huit derniers jours, un cap a été franchi. Mardi dernier déjà, la presse a été empêchée de couvrir la manifestation contre votre proposition de loi relative à la sécurité globale, au point que des journalistes se sont retrouvés en garde à vue pour avoir fait leur travail – ce que vous avez cru bon justifier en prétextant qu'ils ne s'étaient pas accrédités auprès de la préfecture. Tout cela n'a rien d'un procès d'intention : ce sont des faits. Cette fois, vous vous êtes ému des nouvelles images de violences policières survenues hier soir.
Vous confirmez donc que les images sont utiles, je le note mais je vous invite à en tirer des conclusions, car ces événements découlent directement de votre politique, dont la proposition de loi relative à la sécurité globale. En effet, les policiers se sentent maintenant légitimes à procéder à des interdictions de filmer. Vous devez arrêter l'escalade tout de suite, sinon cela va mal finir, monsieur le ministre.
Je vous demande donc trois choses. Premièrement, êtes-vous prêt à autoriser l'ouverture d'un espace pour ces réfugiés…