Bénédicte TaurineDes centaines de milliers d'hectares de cultures ont été touchées par le gel. S'il est encore trop tôt pour chiffrer les dégâts avec certitude, les viticulteurs et les arboriculteurs pourraient avoir subi des pertes représentant jusqu'à 80 % de leur récolte. Les catastrophes agricoles – gel, sécheresses, inondations – se répètent désormais quasiment tous les ans à cause du dérèglement climatique.
Dans le cas présent, la végétation est en avance, le débourbage a encore gagné quinze jours, mais la période de gel est normale. C'est bien le réchauffement climatique qui rend les cultures plus vulnérables. Ce n'est pas le projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique, aux faibles ambitions, qui y changera quoi que ce soit. Vous ne vous attaquez pas à l'origine du problème, vous proposez simplement un pansement sur une jambe de bois.
Concernant les aléas climatiques, vous annoncez tous les ans à grand renfort de communication, et vous le faites encore aujourd'hui, des enveloppes exceptionnelles pour les agriculteurs. Il serait par ailleurs envisagé de financer, via la PAC, les assurances privées des agriculteurs, pour faire face à de tels événements climatiques.
Il est inacceptable que les montants importants de la PAC alimentent des entreprises d'assurances privées au lieu de soutenir directement les paysans et d'engager une politique agricole résiliente au service des consommateurs et des paysans. Vous valideriez alors un transfert d'argent public vers le secteur privé des assurances, plutôt que d'organiser la solidarité nationale et la transition écologique de notre modèle agricole.
Pourquoi ne pas mettre en place un fonds mutuel et solidaire, alimenté par exemple par les interprofessions et les fournisseurs d'agroéquipements ou d'intrants ? Le monde paysan vous demande une solution pérenne et non d'être livré en pâture à l'assurance privée.
Enfin, les consommateurs sont les grands oubliés de vos annonces. Vous savez que les prix vont augmenter, donc que proposez-vous pour eux ?