Alexis CorbièreMonsieur le ministre de l'éducation nationale, quelques jours avant la rentrée, lors d'une émission télévisée, vous avez donné votre opinion sur une énième proposition de loi de responsables de la droite et du centre, qui entretiennent le vieux mythe réactionnaire selon lequel l'allocation de rentrée scolaire serait finalement trop généreuse, trop souvent gaspillée par des parents inconscients qui la détourneraient pour des achats futiles et qu'il faudrait davantage contrôler. Partageant les fantasmes de ces élus, vous avez affirmé, je vous cite : « On sait bien, si on regarde les choses en face, que parfois il y a des achats d'écrans plats plus importants au mois de septembre qu'à d'autres moments. »
Non, monsieur Blanquer, il n'est pas acceptable – de surcroît quand on est ministre de l'éducation nationale – de fabriquer de telles fake news. Vous en êtes d'ailleurs coutumier, en juillet dernier par exemple, à propos du covid ou d'autres sujets sur lesquels vous avez eu des propos hasardeux. Ici, la gravité de votre fausse information réside dans le fait qu'elle est méprisante et blessante pour nos concitoyens les plus modestes. Le mépris des pauvres, ça suffit ! Vous n'avez jamais la même exigence quand il s'agit de milliards d'euros d'argent public distribués aux grandes entreprises du CAC40 sans condition d'embauche ni contrepartie sociale.
Non, monsieur Blanquer, on ne sait pas que les écrans plats s'achètent davantage en septembre : c'est pure invention, aucune donnée n'en atteste. En revanche, selon des instituts spécialisés, on sait même que les mois d'août et de septembre sont les pires mois de vente des écrans plats et qu'on ne constate aucune augmentation des ventes de produits high-tech à cette période. Comment peut-on laisser colporter la rumeur que 370 euros attribués aux familles les plus modestes, pour un enfant et pour toute une année, seraient presque trop puisque la somme serait détournée par de mauvais parents ? Monsieur Blanquer, depuis vos déclarations, le ministre des solidarités et le Premier ministre vous ont publiquement recadré – tant mieux d'ailleurs. Devant la représentation nationale, retirez-vous vos mensonges ? Je vous donne l'occasion de vous excuser auprès des 3 millions de familles que vous avez blessées par vos paroles.