🤔Prolifération des moustiques vecteurs de maladies en Charente-MaritimeM. Pascal Markowsky appelle l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature sur la prolifération des moustiques vecteurs de maladies en Charente-Maritime et sur la nécessité d'adapter les moyens de prévention et de lutte aux risques sanitaires désormais constatés. Plus de trente espèces de moustiques sont recensées dans ce département, où leur prolifération ne constitue plus seulement une nuisance estivale, mais un véritable enjeu de santé publique. Selon le bilan 2025 de l'Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine, le moustique tigre (
Aedes albopictus) colonise désormais 190 communes, soit 41 % des communes et près de 80 % de la population départementale. Pour la seule année 2025, 92 communes supplémentaires ont été classées colonisées. Initialement concentrée dans les secteurs littoraux et urbanisés, son implantation progresse désormais vers l'intérieur des terres. Cette extension s'accompagne de premières transmissions locales : dix cas autochtones de chikungunya ont été recensés en 2025, notamment à Rouffiac, La Rochelle, Montils, Migron et Mons. Parallèlement, la circulation du virus du Nil occidental, ou virus
West Nile, transmis principalement par les moustiques du genre
Culex, constitue une menace distincte, dont les conséquences peuvent être particulièrement graves pour les personnes âgées et fragiles. Dès 2023, cinq cas humains autochtones avaient été recensés en Charente-Maritime, accompagnés de signalements chez des chevaux et des oiseaux. En 2026, de nouveaux cas équins ont été détectés dans le département. À l'échelle nationale, Santé publique France recensait, au 19 octobre 2026, 195 cas humains autochtones, contre 62 sur l'ensemble de l'année 2025. Parmi les cas signalés en 2026, 76 présentaient des atteintes neurologiques. L'extension géographique de ce virus montre que le risque ne concerne plus seulement les départements méditerranéens. Or les dispositifs de surveillance et d'intervention demeurent insuffisamment adaptés à cette évolution. Dès octobre 2023, puis en juin 2024, le Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires appelait à renforcer la surveillance et à définir des recommandations opérationnelles de lutte contre les moustiques
Culex. Une instruction de la direction générale de la santé du 1er octobre 2026 prévoit certes un renforcement de la vigilance et des mesures graduées de lutte antivectorielle. Toutefois, elle précise que ces interventions restent exploratoires, dans l'attente des conclusions d'une expertise de l'Anses annoncées pour 2028. Un tel calendrier interroge alors que la circulation du virus s'étend et que la prochaine saison d'activité des moustiques doit être préparée dès maintenant. La lutte contre le virus
West Nile impose en effet une approche coordonnée entre santé humaine, santé animale et surveillance environnementale. Le suivi des oiseaux et des chevaux, l'analyse virologique des moustiques capturés et la définition de seuils d'alerte pourraient permettre d'anticiper les foyers de circulation plutôt que d'intervenir après l'apparition de cas humains. Il apparaît également nécessaire de préciser les conditions dans lesquelles des opérations de lutte ciblées contre les
Culex peuvent être engagées, en tenant compte de leur efficacité et de leurs conséquences environnementales. À ces difficultés sanitaires s'ajoute une organisation administrative devenue difficilement lisible pour les collectivités. En Charente-Maritime, le périmètre de démoustication défini sur le fondement de la loi n° 64-1246 du 16 décembre 1964 concerne 97 communes, principalement littorales. Ce dispositif historique, destiné notamment à réduire les nuisances, doit être distingué de la lutte antivectorielle à finalité sanitaire, pilotée par l'Agence régionale de santé avec l'appui opérationnel du département. Néanmoins, alors que 190 communes sont déjà colonisées par le moustique tigre, les maires doivent également mobiliser leurs moyens pour prévenir la prolifération des moustiques, supprimer les gîtes larvaires et informer les habitants. Cette situation soulève la question de la répartition des responsabilités et du financement des actions de prévention, particulièrement pour les petites communes rurales qui ne disposent ni des ressources techniques ni des budgets nécessaires. Des solutions alternatives aux traitements insecticides mériteraient par ailleurs d'être davantage soutenues. Dans son expertise publiée en septembre 2025, l'Anses reconnaît l'efficacité de la technique de l'insecte stérile pour réduire le taux d'éclosion des œufs du moustique tigre, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les évaluations de son impact sur la transmission des maladies. Cette méthode, expérimentée dans plusieurs collectivités françaises, ne bénéficie toujours pas d'un cadre réglementaire spécifique pour les lâchers de moustiques en santé publique. Son déploiement exige pourtant des moyens scientifiques et financiers difficilement accessibles aux communes seules. Ainsi, il lui demande si le Gouvernement entend adopter, avant la saison 2027, un plan national de prévention du virus du Nil occidental, sans attendre les conclusions de l'Anses, comment l'État entend clarifier les compétences en matière de lutte contre les moustiques et soutenir financièrement les communes, notamment rurales, et s'il envisage de doter la technique de l'insecte stérile d'un cadre réglementaire et de cofinancer des expérimentations locales.