Gérald Darmanin, garde des sceaux, ministre de la justice . Chacun sait à quel point la question foncière est délicate et essentielle pour les outre-mer en général, et pour votre collectivité en particulier. Je sais que vous êtes impliqué – nous avons échangé à ce sujet lors de mon déplacement dans votre territoire.
Avec la ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, nous travaillons afin d'appliquer la loi Letchimy. Les professionnels – notaires, avocats, spécialistes des questions foncières en Martinique – soulignent eux-mêmes qu'elle présente parfois des difficultés. Je m'en suis entretenu avec le président Letchimy.
Par ailleurs, une proposition de loi a été adoptée très récemment à l'Assemblée nationale, défendue par Mme Louise Morel et M. Nicolas Turquois, qui vise à simplifier la sortie de l'indivision successorale. Ses dispositions s'appliqueraient sur tout le territoire national, donc outre-mer. Elle sera examinée en deuxième lecture le 26 mars dans votre hémicycle.
Nous sommes tout à fait disposés à entendre vos arguments et à examiner la proposition de loi que vous défendez. Il s'agit de sortir du désordre foncier en respectant l'ensemble des habitants, notamment ceux qui possèdent des terres en Martinique et ceux qui veulent vivre du fruit de leur travail – les agriculteurs, comme vous l'avez rappelé, qui ont parfois connu des formes de spoliation.
Vous avez raison d'y insister et, je le répète, avec la ministre des outre-mer, et les autres membres du gouvernement, nous sommes prêts à discuter avec vous.
Ce que nous devons faire, c'est organiser ces discussions avec les élus, en premier lieu la collectivité, avec les professionnels, notamment les notaires, et avec les juges. J'ai amorcé le processus dans la circulaire foncière adressée au procureur de la République et aux magistrats.
En Guadeloupe et en Martinique, l'autorité judiciaire a récemment mis fin à des indivisions successorales vieilles de plus de cent quarante ans. En effet, certains dossiers n'attendent pas dix ans ou trente ans, mais plus d'un siècle, et cela freine le développement de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane et de bien d'autres territoires – Mayotte, par exemple, où je me trouvais il y a quarante-huit heures.
Soyez assuré que la ministre des outre-mer et moi-même abordons ce débat avec toute l'attention qu'il mérite.