Éric BothorelSophie Errante l'a déjà évoquée, mais je me permets d'insister : nous avons connu, hier, l'une des cyberattaques les plus tangibles quand les armoires frigorifiques de nombreux supermarchés ont été touchées.
Une faille dans le logiciel d'une société danoise et ce sont des frigos en panne ou qui chauffent quand ils devraient refroidir. Des millions de pertes, mais le bilan aurait pu être plus grave, car aucun incendie ne s'est déclaré dans la nuit de dimanche à lundi – attendons toutefois d'avoir vérifié si celui du marché des Enfants-Rouges n'est pas lié à cette affaire.
Quand la cybercriminalité frappe un grand groupe ou les impôts, cela agace, voire amuse – n'y a-t-il pas un Robin des bois qui sommeille en chaque Français, heureux que seuls les puissants soient touchés ? –, mais avec l'Intermarché de Lannion et les équipes de Jean-Luc Allichon, que je salue, le Leclerc du bourg, les produits frais jetés, les concitoyens récupérant des denrées avariées avant leur destruction, tous les Français et toutes les Françaises peuvent se sentir concernés.
Le risque cyber est désormais dans le monde réel. Une enquête a été confiée à l'Office anti-cybercriminalité : attendons ses conclusions.
Alors que le Cybermois, un mois de sensibilisation, a commencé, nous attendons toujours Godot. Je veux parler de la transposition de la directive NIS 2, qui aurait dû intervenir il y a plus de deux ans, mais qui vient encore d'être repoussée. L'adoption du projet de loi sur la résilience et la cybersécurité n'aurait peut-être pas empêché ces incidents, mais elle aurait rappelé quelques fondamentaux d'hygiène numérique. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information a été mobilisée toute la journée d'hier auprès des responsables de supermarchés : c'est désormais sa fonction, qu'elle exerce vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L'application de l'article 17 de NIS 2 lui aurait permis d'obtenir plus rapidement une vue consolidée et de limiter ainsi la propagation, sans empêcher l'attaque. C'est cela aussi, la prévention !
Danfoss, le fournisseur danois d'armoires frigorifiques, évoque des équipements obsolètes ou sans mise à jour. Le prestataire de télémaintenance devra être interrogé. Les fournisseurs de services gérés, secteur hautement critique, doivent informer leurs clients des mesures à appliquer en cas de vulnérabilité.
Dès août 2026, Team82 recensait 2 765 interfaces de Danfoss exposées à des risques. Un tel relevé aurait dû déboucher sur une prescription. Si la directive NIS 2 avait été transposée, l'Anssi aurait pu imposer des mesures de remédiation, assortie de délais d'application.
Hier des hôpitaux, cet été la DGFIP, aujourd'hui des frigos : la chaîne casse toujours par son maillon le plus faible. Nous sommes attaqués, il faut agir, et plus vite. Que savez-vous des événements d'hier ? Quel est le calendrier d'examen du projet de loi « résilience » ?