René LioretAprès l'épisode extravagant de l'acétamipride, symbole des incohérences et des surtranspositions françaises en matière agricole, c'est maintenant au tour des viticulteurs d'être confrontés à une impasse : celle de l'interdiction du cuivre par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. Nos viticulteurs souffrent des aléas et du dérèglement climatique, de la baisse des exportations et d'une stigmatisation de la consommation de leur production. Dans de nombreuses régions, les exploitations sont fragilisées, parfois au bord de la rupture. À ce contexte extrêmement tendu, vous ajoutez de l'incertitude et des contraintes supplémentaires sans solutions alternatives crédibles. Une filière dont 85 % des professionnels utilisent un produit indispensable, à qui l'on impose des règles inapplicables sans solution alternative, est une filière que l'on met délibérément en difficulté. Derrière la position de l'Anses, qui va jusqu'à faire appel d'une décision de justice, se pose en réalité une question politique majeure : celle du courage. Car à force de déléguer à une agence, certes scientifique, des décisions aux conséquences économiques considérables, le gouvernement donne le sentiment de se défausser. Surtout, vous faites un choix isolé, car l'Italie, l'Espagne et d'autres États membres ont fait le choix du pragmatisme. Ils ont utilisé les marges de manœuvre offertes par le droit européen, obtenu des délais et maintenu les usages dans une logique transitoire.
Madame la ministre de l'agriculture, ma question est simple : allez-vous instaurer un moratoire sur les restrictions d'usage du cuivre jusqu'en 2029, comme nos voisins européens, afin de protéger les viticulteurs, ou persisterez-vous dans la logique qui consiste à laisser l'Anses seule décisionnaire, au risque de fragiliser durablement, voire de saborder, une filière essentielle à notre agriculture, à notre balance commerciale et à notre patrimoine ?