Marie MesmeurImaginez 250 personnes à la rue, qui tentaient de survivre dans un campement de fortune situé dans le parc de Maurepas à Rennes : des familles et leurs enfants, des mineurs en cours de reconnaissance, des femmes et des hommes seuls.
Imaginez maintenant que le 23 octobre, à une semaine de la trêve hivernale, sans en avertir personne, les services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, vos agents, ont procédé au démantèlement du campement. Imaginez encore : nombre d'expulsés, dont des familles, envoyés à plus de 250 kilomètres de Rennes, pour découvrir une fois arrivés sur place qu'il ne s'agissait que d'une mise à l'abri temporaire, pour trois jours – trois jours sans accompagnement, sans nourriture, sans retour.
À la suite de cette évacuation, 139 personnes, dont 60 enfants, se sont retrouvées à occuper le centre social communal Simone Iff, de Rennes. De nouveau, ils ont été évacués jeudi dernier. De nouveau, plusieurs solutions d'hébergement se trouvent dans d'autres départements, dont certaines sont temporaires, puisque l'on sait qu'au moins 36 personnes seront bientôt remises à la rue.
L'histoire se répète. Ce n'est ni un accident ni un dysfonctionnement mais une politique organisée qui, sciemment, éloigne ces personnes des espaces de solidarité, de leurs lieux de scolarité, de leurs boîtes aux lettres administratives et nuit au lien social avec les associations – qui, je me dois de le dire, font un travail admirable là où l'État est défaillant. C'est une stratégie qui fragilise les gens à dessein et qui invisibilise la misère en la repoussant plus loin.
Or Rennes n'est pas un cas isolé mais le reflet d'une réalité nationale – qui relève directement de votre ministère. En trois ans, dans un grand pays comme la France, le nombre d'enfants à la rue a augmenté de 30 %. En un an, l'infâme loi visant à protéger les logements contre l'occupation illicite, dite loi Kasbarian-Bergé, a conduit à l'augmentation de 20 % du nombre d'expulsions.
Madame la ministre, je vous pose donc trois questions, auxquelles j'aimerais recevoir trois réponses claires. Allez-vous reloger ces Rennais de façon pérenne ? Allez-vous augmenter le nombre de places d'hébergement d'urgence en France ? Enfin, allez-vous aider à la construction d'un centre d'hébergement transitoire à Rennes – comme le demandent les associations afin de faire tampon et de réaliser évaluations et démarches – plutôt que de déplacer des personnes à des centaines de kilomètres pour seulement trois jours ?