René LioretMa question s'adressait initialement au premier ministre.
En France, il est désormais plus difficile pour un jeune d'obtenir son permis de conduire que d'obtenir son baccalauréat. Non pas en raison de la difficulté des épreuves – encore que –, mais en raison des places disponibles et des délais d'attente. Que ce soit à Toulouse, à Nantes, à Bordeaux, à Lille, à Paris ou à Dijon, les délais ont plus que doublé en quelques années, oscillant désormais entre trois à neuf mois. Je n'ai cité que des grandes villes, mais dans la ruralité, la situation est bien pire. Dans un département rural comme le mien, la Côte-d'Or, extrêmement étendu, où la moitié de la population vit dans 700 communes, le permis de conduire est bien plus qu'un papier rose : c'est un sésame. Il représente l'accès à l'emploi, à la formation, à la vie sociale, dans cette France des campagnes où il n'y a ni métro ni tram, seulement de rares bus pour aller au centre-bourg.
Avec 1,3 million de nouveaux candidats chaque année, le permis de conduire est l'examen le plus populaire en France. Or les structures ne suivent plus et le système est à bout de souffle, au grand dam des moniteurs d'auto-école, lesquels se sont déjà manifestés à plusieurs reprises. À ce problème structurel, qui ne date pas d'hier, s'ajoute un problème conjoncturel : l'abaissement de l'âge d'obtention du permis à 17 ans, instauré sans anticipation et sans renfort de moyens. Le délai de quarante-cinq jours entre deux présentations à l'examen n'est quasiment plus jamais respecté. Certains conducteurs censés repasser leur permis prennent le risque, pour eux comme pour la société, de ne pas le faire.
Allez-vous continuer de laisser des milliers de Français dans l'impasse ou comptez-vous allouer des moyens supplémentaires à la politique en faveur de l'obtention du permis de conduire ? Mieux encore, comptez-vous moderniser l'accès au permis de conduire pour que chacun, partout en France, retrouve la liberté de se déplacer ? D'autant que la restriction aux seuls demandeurs d'emploi de l'utilisation du compte personnel de formation n'améliorera pas la situation, non plus que la suppression de l'aide de 500 euros accordée aux apprentis décidée dans le budget 2026.