Mathilde HignetJ'ai récemment rencontré un collectif de paysans et d'artisans du pays de Redon, particulièrement inquiet et en colère contre la réforme européenne de la facturation électronique. J'ai également échangé avec l'Union des entreprises de proximité de Bretagne, premier représentant patronal en nombre d'entreprises, qui s'interroge à l'approche de la première échéance de cette réforme.
Au 1er septembre 2026, les entreprises auront l'obligation de s'inscrire sur une plateforme agréée par l'État pour recevoir des factures électroniques ; au 1er septembre 2027, elles auront l'obligation d'émettre des factures électroniques. Pourtant, la directive européenne 2014/55/UE, dite e-facturation, ne prévoit pas une telle obligation pour les entreprises qui commercent avec d'autres entreprises ; la contrainte ne vaut que pour les flux avec les administrations publiques.
En 2025, la directive 2025/516/UE a d'ailleurs modifié les règles en matière de TVA. Son article 218 précise que « les États membres peuvent accepter des documents ou des messages sur papier ou sous forme électronique, autres que les factures électroniques ». La généralisation de la facture électronique entre entreprises est donc un arbitrage du gouvernement français ; il n'a pas été imposé par l'Europe et seuls cinq pays ont fait ce choix.
Le gouvernement a par ailleurs renié son engagement de créer un portail public de facturation gratuit, laissant le champ libre aux acteurs privés. Sur le terrain sont alors apparues des centaines de plateformes agréées, qui démarchent quotidiennement les entrepreneurs et amplifient leur « exaspération numérique », pour reprendre les termes de l'U2P de Bretagne.
Censée faciliter la vie des entreprises, cette réforme va au contraire complexifier leur quotidien du fait des contraintes qu'elle engendre. Un agriculteur vendant en circuit court sera, par exemple, contraint à des reportings beaucoup plus fréquents. Bref, sous prétexte de lutte contre la fraude et de simplification, la facturation électronique aboutit à une fracturation numérique.
Les artisans, les paysans et les entrepreneurs que j'ai rencontrés sur le terrain s'interrogent. Pourquoi le gouvernement a-t-il rendu obligatoire la facturation électronique, alors qu'il ne s'agit pas d'une obligation européenne ? Quelles mesures prendra-t-il pour réguler les plateformes privées, assurer un suivi de leur activité dans la durée et protéger les données des entreprises ? Enfin, que proposez-vous pour les entrepreneurs isolés, ceux qui ne sont pas adhérents à des organisations professionnelles et qui se verront contraints de choisir une plateforme dans la précipitation, sans accompagnement ?