Théo BernhardtDans ma circonscription du Nord Alsace, à Wissembourg, l'accès aux soins est en train de s'effondrer. La ville ne compte plus que huit médecins généralistes. Près de 40 % d'entre eux partiront à la retraite dans les deux à trois années à venir, or aucun jeune généraliste ne s'est installé pour assurer la relève.
Pourtant, Wissembourg est classée en zone d'intervention prioritaire par l'ARS Grand Est. Nous ne sommes donc pas dans l'anticipation d'un risque, mais face au constat d'une dégradation déjà engagée, qui va mécaniquement s'aggraver.
Cette dégradation de la médecine de ville intervient au pire moment, car l'hôpital lui-même est en péril. Le centre hospitalier intercommunal de Wissembourg, seul hôpital public du territoire, assure les urgences, la chirurgie, la maternité et la gestion de six Ehpad. Il traverse des difficultés financières structurelles identifiées de longue date. L'activité hospitalière, en particulier la maternité, est structurellement déficitaire et ce sont les excédents des Ehpad qui compensent ses pertes.
La maternité, confrontée à une baisse constante du nombre de naissances et à un manque de personnel soignant, est directement menacée de fermeture. Une décision pourrait intervenir au cours de l'année 2026. Plus inquiétant encore, la fermeture du service d'accueil des urgences est également envisagée par l'ARS Grand Est.
Si ces deux services venaient à disparaître, que resterait-il de cet hôpital de proximité dont dépendent les habitants d'un territoire rural et frontalier, éloigné des grandes structures hospitalières comme Strasbourg ?
Le lien est évident : lorsque la médecine de ville se retire et que l'hôpital réduit ses activités, c'est tout le maillage sanitaire qui s'effondre. Cet effondrement nourrit un cercle vicieux car aucun jeune professionnel de santé n'a envie de s'installer dans un territoire où l'hôpital ferme ses services les uns après les autres.
Je souhaite également attirer votre attention sur un phénomène que j'observe directement sur le terrain. Faute d'une politique nationale suffisamment structurante, ce sont désormais les communes elles-mêmes qui tentent d'attirer les jeunes médecins par des offres individualisées : construction de pôles de santé, gratuité des loyers pendant un, deux, voire trois ans, et autres avantages divers. Il en résulte une véritable mise en concurrence des collectivités entre elles, où le médecin s'installe chez le plus offrant.
Ce système est profondément inéquitable : il pénalise les communes les plus modestes, qui n'ont pas les moyens de rivaliser, et il ne règle en rien le problème de fond – le nombre insuffisant de médecins formés et disposés à exercer en milieu rural.
Comment l'État compte-t-il accompagner la restructuration du centre hospitalier de Wissembourg sans sacrifier les services essentiels de proximité ? Mais, surtout, quelles mesures concrètes le gouvernement entend-il déployer pour renforcer durablement l'attractivité médicale du territoire de Wissembourg, et plus largement celle du nord de l'Alsace, au-delà des dispositifs incitatifs existants, qui, de toute évidence, ne suffisent pas ?
L'égalité d'accès aux soins est un principe républicain fondamental. Les habitants du Nord Alsace ne demandent pas un privilège, mais simplement de pouvoir consulter un médecin et accéder à un hôpital à une distance raisonnable de chez eux.