Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire. Vous évoquez le statut de territoire d'exception et vous soulignez que la promesse du président de la République a été tenue, comme je m'y étais engagée.
En lien avec ma collègue chargée de la transition écologique, à la demande du préfet, une mission conjointe du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux et de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable – les deux inspections, celle du ministère de l'agriculture et celle du ministère de la transition écologique – a été mandatée pour accompagner techniquement les projets soutenus par le territoire.
Vous m'interrogez sur un dossier que je connais bien, sur lequel j'ai été interpellée dès ma première visite en Occitanie. Je ne saurais dire combien de fois j'ai sollicité les services à ce propos. Si le sujet était aussi simple que vous le dites, croyez-moi, le projet serait déjà lancé.
En réalité, les masses d'eau de l'Orb ont été classées à un niveau inférieur à bon – également appelé « moins que bon ». Cela ne signifie pas qu'elles sont de mauvaise qualité, mais qu'elles ne disposent pas du volume nécessaire pour permettre le stockage d'eau. Et ce classement a des conséquences, notamment sur les autorisations à délivrer et sur le financement des projets. Pour compliquer la situation, le dossier relève de deux régions : l'Occitanie et Provence-Alpes-Côte d'Azur, et l'appréciation n'est pas la même d'une région à l'autre.
Les services de l'État sont très mobilisés, à ma demande, pour identifier des solutions concrètes et accompagner ce projet compte tenu de son importance pour l'agriculture locale et l'économie du territoire.
Les règles européennes prévoient que les projets conduisant à une augmentation nette des surfaces irriguées ou des volumes prélevés ne peuvent bénéficier d'aides que si les masses d'eau concernées ne sont pas classées en état « moins que bon » pour des raisons quantitatives et si une évaluation environnementale démontre l'absence d'incidences négatives importantes sur l'environnement.
Le président de la chambre régionale d'agriculture, M. Denis Carretier, avec qui j'en ai souvent parlé, m'indique avoir proposé des solutions. Mais nous ne sommes pas seuls décisionnaires, car il faut que ces projets soient financièrement soutenus – s'ils ne le sont pas, ils ne pourront pas être menés à leur terme.
Les exigences que je viens d'exposer visent à concilier le développement agricole et la préservation durable de la ressource en eau. S'agissant de l'Orb, l'évaluation est particulièrement complexe en raison du soutien d'étiage assuré par la retenue des monts d'Orb.
Les méthodes d'analyse des bassins Rhône-Méditerranée et Adour-Garonne, qui sont les deux bassins concernés, ont été mobilisées afin de garantir la robustesse de l'expertise. À ce stade, je n'ai pas encore de retour positif ; la question est compliquée.
Un travail collectif doit donc être conduit dans le but de rendre opérationnels les engagements qui ont été pris concernant l'amélioration du stockage de l'eau – c'est tout l'objet du projet de loi d'urgence agricole –, dont votre région, madame la députée, a un impérieux besoin. L'eau est en effet le sujet prioritaire en Occitanie, et je partage votre souci de distinguer les prélèvements hivernaux des prélèvements estivaux. C'est pourquoi j'ai déjà saisi, avec ma collègue chargée de la transition écologique, la Commission européenne afin de faire évoluer le cadre applicable et de mieux accompagner les projets conciliant performance agricole et préservation de l'environnement. Si les choses se débloquent au niveau européen, alors les subventions seront possibles.
Sachez en tout cas que le jour où ce projet de l'Orb pourra se concrétiser, je partagerai la joie des habitants de la région.