Le développement rapide de l'intelligence artificielle (IA) constitue une rupture dans les technologies de la connaissance qui emporte des conséquences sociales, économiques et civiques majeures. Elle bouleverse les métiers, les modes de pensée et même la manière dont nous accédons au savoir et interroge les fondements même de l'instruction. L'arrivée de l'IA et les usages qu'elle suscite interrogent les pratiques pédagogiques au sein du système éducatif. Les constats partagés tant par l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche que par l'enquête internationale TALIS 2024 de l'Organisation de coopération et de développement économiques confirment l'usage massif des outils d'IA générative par les élèves et la nécessité d'accompagner l'ensemble de la communauté éducative pour garantir un usage responsable, éthique et au service des apprentissages. Les élèves et enseignants s'emparent des outils d'IA et les utilisent comme assistants dans leur travail personnel : les uns pour réviser, s'entraîner, approfondir ; les autres pour préparer les cours, adapter des ressources et les activités, différencier les retours faits aux élèves. Le rôle de l'École est de préparer les élèves à cette transformation. Il s'agit d'une part, d'apprendre aux élèves, de manière structurée, cohérente et progressive, à comprendre le fonctionnement de l'IA, à en identifier les avantages et les faiblesses, à en choisir les justes usages, et, d'autre part, de former les professeurs à son utilisation. Conscient de ces enjeux, le ministère de l'éducation nationale a défini un cadre national, issu d'une large consultation, qui encadre l'IA autour de cinq exigences majeures : plus-value pédagogique, protection des données personnelles, prise en compte de l'impact environnemental, transparence des usages et exercice de l'esprit critique face aux contenus générés. Ce cadre s'articule avec le règlement européen sur l'IA, qui classe certains usages éducatifs comme « à haut risque », ainsi qu'avec le règlement général sur la protection des données et la loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique dite « loi Sren », impliquant une surveillance renforcée, notamment par la commission nationale de l'informatique et des libertés. Les usages pédagogiques sont gradués selon l'âge : au primaire, simple sensibilisation aux principes de l'IA sans usage d'IA générative ; à partir de la 4e, usage encadré en classe d'outils génératifs, sous la conduite de l'enseignant ; au lycée, utilisation plus autonome possible dans un cadre d'apprentissage explicite fixé par l'enseignant. Pour garantir l'appropriation collective de ces enjeux, un parcours de formation obligatoire à l'IA est déployé sur la plateforme Pix pour tous les élèves de quatrième et de seconde (voies générale, technologique et professionnelle). Cette courte formation couvre les fondements de la littératie de l'IA, afin de favoriser une appropriation collective de ces enjeux. Par ailleurs, les élèves de seconde bénéficieront à partir de la rentrée 2027 d'une heure d'enseignement à l'intelligence artificielle par semaine, qui sera intégrée au cours de sciences numériques et technologie (SNT). Le ministre de l'éducation nationale a ainsi demandé au Conseil supérieur des programmes (CSP) de réviser le programme de Sciences numériques et technologie (SNT) de seconde dans son ensemble afin d'y intégrer la formation à l'IA. Le CSP devrait rendre son projet en décembre. Concernant la formation des enseignants, le ministère met en œuvre un programme national de formation ambitieux avec le dispositif « Lab'IA », qui vise à former rapidement près d'un millier de formateurs académiques afin qu'ils diffusent, dans toutes les académies, des formations permettant d'intégrer l'IA dans les pratiques d'enseignement. Ce dispositif complète les formations déjà proposées dans les plans académiques et en établissement, pour sensibiliser l'ensemble des enseignants aux enjeux et usages de l'IA, et s'appuie sur des communautés en ligne ainsi que sur une offre étendue de modules de formation à distance, accessibles en autonomie. En parallèle, l'observatoire national des pratiques pédagogiques de l'IA, piloté par le ministère, centralise la veille, la validation et la valorisation des usages repérés en académie. Cette politique, alignée sur le plan France 2030 et la stratégie nationale pour l'IA, vise à renforcer la souveraineté technologique, à démocratiser les compétences numériques et à former des citoyens éclairés sur les enjeux techniques, sociaux et éthiques de l'IA. Le ministère de l'éducation nationale en assure le déploiement, en garantissant que l'IA serve l'enseignement et les apprentissages, dans le respect des valeurs républicaines et de la liberté pédagogique.