Alma Dufour Monsieur le ministre du travail, le gouvernement voudrait balayer d'un revers de main la nationalisation d'ArcelorMittal, que La France insoumise a fait adopter à l'Assemblée le 27 novembre. C'est compter sans les travailleurs qui nous mettent en garde depuis des années : leur emploi et leur santé sont en danger. Face aux conditions d'hygiène déplorables et à la perte de revenu net, les salariés de Dunkerque se sont mis en grève. L'arrêt d'un haut-fourneau pourrait conduire à celui de tous les sites de France.
À Fos-sur-Mer, les salariés et leurs familles – soit 20 000 personnes – attendent votre décision de classement du site afin qu'ils puissent prétendre à l'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante.
Voici la lettre qu'ils m'ont demandé de vous lire : « Monsieur le ministre, depuis trente ans, nous avons manipulé chaque jour de l'amiante, sans protection et sans le savoir. Arcelor n'a pas respecté la loi : pas de repérage avant 2019, pas de cartographie avant 2025, des fiches d'exposition incomplètes, voire inexistantes. Ce n'est pas une erreur ; c'est criminel. Arcelor est déjà mis en examen pour faux et usage de faux ainsi que mise en danger délibérée de la vie d'autrui à Fos-sur-Mer.
« Nous avons transmis à votre administration des preuves incontestables de cette exposition. L'inspection du travail et la commission de la caisse accidents du travail et maladies professionnelles ont rendu un avis favorable. Une décision négative de votre part serait une capitulation face à un simple chantage à l'emploi.
« L'État laissera-t-il des travailleurs d'une industrie essentielle risquer un jour de plus leur vie au travail ? Les médecins le confirment : nous perdons quinze années d'espérance de vie. Savez-vous ce que c'est que d'aller au travail la peur au ventre ? Savez-vous ce que c'est quand, tous les mois, un collègue, un ami, vous annonce un cancer ? Pour nous, le départ à la retraite, ce n'est pas une nouvelle vie, c'est un aller simple pour le cimetière.
« Le classement du site à l'Acaata pour la période 1997-2025 n'est pas une faveur. C'est la justice la plus élémentaire. C'est nous redonner la vie, le temps, la dignité qu'on mérite. Monsieur le ministre, allez-vous classer le site et vous engagez-vous à nous recevoir avant la fin de l'année suite aux nouveaux éléments transmis ? »