Léa Balage El Mariky Depuis bientôt quatre ans, le peuple ukrainien résiste à une guerre d'agression d'une brutalité extrême. Face à cette situation, ne rien faire revient à trahir. L'Ukraine résiste, mais ne pourra pas s'en sortir seule. En 2026 et 2027, il lui manquera 135 milliards d'euros pour rester debout. Poutine doit payer pour la guerre qu'il a déclenchée, et les Européens ont les moyens de l'y contraindre.
Leurs atouts sont les avoirs russes gelés, qui représentent 210 milliards d'euros, dont 185 milliards en Belgique. Au-delà des intérêts qu'ils produisent, il faut désormais mobiliser ces capitaux. Nous saluons la décision de les immobiliser de manière définitive, mais il faut aller plus loin, non en les confisquant mais en s'en servant pour garantir un prêt européen à l'Ukraine. Cette solution, que propose la Commission, est la plus responsable : elle ne crée pas de nouvelle dette, elle ne pèse pas sur les finances nationales et elle permet à l'Europe d'agir, quand Trump s'agite.
À l'approche du sommet de jeudi, le compte à rebours s'accélère. La France, qui n'a été que trop silencieuse dans le débat européen, doit avoir une position claire. Elle doit soutenir l'utilisation de ces avoirs pour asseoir le prêt de réparation européen sur des garanties apportées par les États, dont le nôtre. Elle doit également s'engager dans la mutualisation des risques au niveau européen en mettant sur la table les 23 milliards d'euros d'avoirs russes gelés dans les banques commerciales françaises. Allons-nous laisser les Belges, seuls en première ligne, prendre cinquante fois plus de risques que nous ?
Enfin, la France doit affirmer sans ambiguïté que l'Europe ne cédera ni au chantage russe ni à la logique de l'impunité. Elle doit dénoncer les traités d'investissement bilatéraux, qui permettent aux oligarques de contourner les sanctions – six organisations européennes viennent de déposer une plainte pour la contraindre à mettre un terme à ces traités incompatibles avec le droit européen. La France est-elle prête à être solidaire ? Quelle sera sa position demain ?