Émeline K/Bidi Monsieur le garde des sceaux, un an après le vote du projet de loi visant à sortir la France du narcotrafic, le parquet national anti-criminalité organisée est entré en fonction le 5 janvier 2026. Cette centralisation de l'organisation et des moyens tranche avec le manque abyssal de ressources auquel l'outre-mer est confronté pour lutter contre le trafic de drogue.
En novembre 2025, les juges d'instruction du tribunal judiciaire de Saint-Denis, submergés par les affaires de stupéfiants, indiquaient ne plus être en mesure de traiter certains dossiers.
Les prisons, quant à elles, débordent. Le 29 décembre 2025, les agents pénitentiaires de la maison d'arrêt de Saint-Pierre se sont mis en grève pour dénoncer la surpopulation carcérale, qui dégrade leurs conditions de travail et rend les conditions de détention indignes.
Avec 200 détenus pour 114 places, les hommes s'entassent à seize dans des cellules où la chaleur est suffocante ; les murs et plafonds de ce bâtiment, construit en 1863, s'effritent, rongés par le sel et l'usure du temps. Il est devenu impossible de faire respecter les interdictions de contact entre détenus. Les conditions de sécurité ne sont plus réunies depuis longtemps et la situation continue de se dégrader.
La situation n'est pas meilleure à la prison de Domenjod à Saint-Denis, où la surpopulation carcérale atteint 150 %. La faute, encore, au narcotrafic – les saisies de cocaïne ont augmenté de 67 % depuis 2024. Mais les moyens alloués à la justice, à la police et à la gendarmerie, eux, n'ont pas doublé. Il n'y a toujours pas de scanner à l'aéroport Roland-Garros, ni de scanner à conteneurs au port de la pointe des Galets.
Un tsunami blanc s'abat sur nous, engloutit notre jeunesse, l'avenir de notre île, et nous nous sentons terriblement délaissés par l'État. Que fera le Pnaco à Paris si, chez nous, il n'y a pas de juges pour traiter les dossiers, pas d'enquêteurs pour démanteler les réseaux et plus de places en prison pour incarcérer les mules et les dealers ?
Alors que nous reprenons les débats sur le projet de loi de finances, l'heure est venue de discuter à nouveau des moyens : augmenter les effectifs de magistrats et d'officiers de police judiciaire, construire de nouvelles prisons, investir dans des scanners, le prix à payer sera toujours moindre que celui des vies humaines exploitées et emportées par ce fléau.