Pascal Lecamp En 1945, l'Europe se reconstruisait et contribuait à l'établissement d'un nouvel ordre mondial, fondé sur le droit international et l'idéal d'une paix tant attendue. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Abîmé par son immobilisme, parfois son impuissance, le système multilatéral s'essouffle – en particulier quand son architecte américain lui porte des coups, assimilables à des déclarations de guerre, qui pourraient lui être fatals. Les États-Unis menacent aujourd'hui directement la souveraineté territoriale de l'Europe et exercent un chantage aux droits de douane. Dans ce contexte, plus question de ratifier l'accord avec les États-Unis négocié par la Commission européenne cet été. En effet, quel crédit y apporter quand le président Trump en change les termes au détour d'un tweet ?
En même temps, le Conseil de la paix que le président Trump veut mettre sur pied, au mépris de l'Otan, s'apparente à un système multilatéral parallèle privatisé, reposant sur la seule puissance financière. Nous ne pouvons légitimer cette farce par notre participation. La présidence à vie des États-Unis ne ferait que coaliser un pôle américano-centré régnant par la force contre le droit.
Cette nouvelle donne bouleverse les choses car, depuis 1945, nous, Européens, n'envisageons pas la paix sans les États-Unis. Notre logiciel est issu de la guerre froide : à l'Est, l'ennemi ; à l'Ouest, l'allié, le protecteur, le rempart, l'hyperpuissance sous l'aile de laquelle nous nous sommes parfois réfugiés avec complaisance.
La France a souvent été lucide. Du général de Gaulle au président Macron en passant par Jacques Chirac, nous avons défendu une moindre dépendance atlantiste. Mais nous n'avons jamais réussi à convaincre pleinement et à emmener nos partenaires européens.
Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, quelle méthode, quels outils la France compte-t-elle activer pour garantir l'unité européenne face aux provocations incessantes du président Trump ? Sa dernière menace tarifaire, hier, cible seulement six pays de l'Union ; comment persuader nos partenaires européens d'actionner, le cas échéant, par solidarité, l'instrument anticoercition ?