Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des affaires étrangères . Vous avez parfaitement raison. Nous sommes témoins d'un monde en train de se structurer autour de la confrontation entre deux hyperpuissances, les États-Unis et la Chine. Les deux sont lancés dans une course à la domination, dans laquelle aucun autre pays ne pourrait avoir sa place. La seule manière pour la France de défendre ses intérêts et de faire entendre sa voix, c'est au sein d'une Europe forte, unie et souveraine, laquelle pourrait ouvrir une troisième voie.
Nous serions suivis, car de l'Asie du Sud-Est à l'Amérique latine, en passant par l'Afrique, l'immense majorité des pays qui refusent de choisir l'un de ces deux camps et qui entendent rester libres, attend que l'Europe se lève et montre la voie. Pour ce faire, l'Europe, qui s'est enfin dotée d'une boussole – celle de l'autonomie stratégique et de la souveraineté, proposée par la France depuis 2017 – devra accélérer. De premières décisions qui vont dans le bon sens ont été prises ces derniers mois : protection de l'industrie de l'acier et des ferroalliages, préférence européenne imposée dans le financement des instruments de défense, nouvel emprunt européen pour permettre à l'Ukraine de se défendre. Tout cela est positif et transcrit les priorités françaises dans les politiques européennes, mais tout cela doit aller beaucoup plus vite.
Comment la France peut-elle convaincre ses partenaires d'aller plus vite ? En étant elle-même forte ! Cela commence par l'adoption d'un budget, raison pour laquelle le choix qui vous sera proposé dans quelques heures est si important. Il permettra de doter le pays d'un budget, notamment pour ses armées et sa diplomatie – condition pour que la voix de la France puisse peser en Europe et que celle-ci puisse à son tour se lever et desserrer l'étau que ces deux hyperpuissances voudraient refermer sur notre pays, ainsi que sur d'autres.