Arnaud BonnetMonsieur le ministre de l'éducation nationale, l'enquête administrative sur le suicide de Caroline Grandjean est venue confirmer ce que cette dernière dénonçait : un manque de soutien de sa hiérarchie. Comme beaucoup d'enseignants en souffrance, elle a été abandonnée par l'éducation nationale. En tant qu'ancien enseignant, c'est avec colère que je m'adresse à vous – car ce drame aurait pu être évité, comme tant d'autres avant lui.
C'est avec colère que je m'adresse à vous, car l'éducation nationale est devenue un lieu de souffrance pour nombre de ses membres. Ainsi, en 2022, on dénombrait plus de 2 800 démissions d'enseignants contre seulement 360 en 2008. Les arrêts de travail ont augmenté de 43 % en cinq ans et les exemples de management toxique au sein de ce ministère se multiplient. Non seulement le métier n'attire plus, mais il dégoûte un nombre croissant de ceux qui l'exercent, du fait d'une perte de sens et de l'absence de soutien.
C'est avec colère que je m'adresse à vous, car après chaque drame médiatisé, les ministres de l'éducation nationale viennent exprimer leur sympathie mais ne font rien pour changer réellement les choses. Ainsi, les chiffres de suicides d'enseignants, bien que connus des services, ne sont pas publiés. On refuse de reconnaître des accidents du travail et le nombre de médecins du travail pour 1,2 million d'agents est inférieur à 80 ! Si personne n'est là pour constater un problème, alors il n'existe pas : telle est la logique de management de votre ministère. On écarte ceux qui témoignent avec des mutations-sanctions ; on récompense ceux qui les brisent avec des mutations-promotions.
Allez-vous enfin prendre en compte la souffrance au travail des enseignants et lutter contre l'abandon des personnels et le management toxique qui s'opère bien trop souvent dans l'éducation nationale, ou allez-vous vous contenter d'attendre le prochain drame pour témoigner de votre sympathie avant de passer à autre chose ?