Roger ChudeauMonsieur le ministre de l'éducation nationale, tout le monde le sait, notre système éducatif connaît depuis des décennies un décrochage silencieux, un naufrage honteux dont les conséquences peuvent s'avérer redoutables pour l'avenir de notre pays. Cette situation alimente l'inquiétude des familles et alerte le monde économique. La direction du Trésor et le haut-commissariat à la stratégie et au plan s'en inquiètent, le patronat se désole, le PDG de Safran parle même de bombe à retardement.
La maison brûle, mais vous ne trouvez rien de mieux à faire que de supprimer plus de 4 000 postes d'enseignants pour la rentrée prochaine. Vous en êtes d'ailleurs tellement fier que vous avez ordonné aux directeurs académiques des services de l'éducation nationale de ne pas publier les chiffres avant les élections municipales…
Le signal politique que vous envoyez avec ces fermetures de classes est désastreux pour l'institution. Il signe aussi la vacuité de la politique éducative du gouvernement. Le président de la République appelle de ses vœux la réindustrialisation du pays. Où est la mobilisation de notre appareil éducatif et de formation ?
Au lieu de supprimer des postes, votre devoir ne serait-il pas de mieux les employer, d'entreprendre une rénovation de notre système éducatif afin de préparer notre pays aux défis qu'il affrontera demain ? Mais non, vous faites de la comptabilité. « Nous aurions pu en supprimer le double » allez-vous me rétorquer. Or la baisse démographique pourrait être une chance d'améliorer le fonctionnement et les résultats de notre école.
Nous considérons quant à nous que l'éducation n'est pas une dépense de fonctionnement, mais un investissement pour l'avenir de la nation.