Emmanuel Tjibaou Monsieur le premier ministre, ce matin, la commission des lois de l'Assemblée a tenu à répondre clairement au sujet du projet de loi constitutionnelle relatif au projet d'accord de Bougival et d'accords Élysée-Oudinot, en rejetant en totalité le texte proposé par votre gouvernement. Que comptez-vous faire désormais ?
Nous avons fait valoir à plusieurs reprises les éléments qui empêchent le Front de libération nationale kanak et socialiste d'accepter cet accord. Réduire le débat à des équilibres négociés sans le FLNKS, prétendument groupusculaire, radicalisé et minoritaire, c'est occulter le fait démocratique de sa représentativité. Le mouvement de libération a obtenu 74 % des voix indépendantistes aux municipales, en incluant les listes FNLKS et celles de ses composantes, sur un corps électoral ouvert, contre 26 % pour le signataire indépendantiste des accords de Bougival, qui est lui-même contesté en interne.
On nous avait dit que les élections seraient sources de tensions. C'est l'inverse qui s'est produit. Le taux de participation a été remarquable : 58,86 %. Il y a eu pléthore de listes, et, fait notable, on a assisté à l'émergence de listes apolitiques. Cette réponse positive à la crise que traverse notre pays et à la défiance à l'égard du politique est une nouvelle affirmation de la volonté de vivre ensemble.
Pourquoi maintenir ce texte, mal ficelé politiquement, instable juridiquement, pour lequel le législateur statue à l'aveugle, sans loi organique – et sans majorité pour le soutenir à l'Assemblée ? Retirez-le ! Convoquez les élections provinciales et donnez-nous la possibilité de trouver un accord consensuel de décolonisation , pour sortir de l'impasse politique, ce qui constituerait un gage de stabilité et de relance économique.
Nous avons appris par ailleurs, monsieur le premier ministre, qu'une réunion sur la question institutionnelle s'était tenue hier entre le chef de l'État et les deux présidents de chambre. Qu'en est-il ?