Frantz Gumbs L'Ukraine est à 2 000 kilomètres d'ici. Ce n'est pas si loin, dit-on. Mais de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe à Santiago de Cuba, c'est encore moins loin.
Le 3 janvier, une attaque américaine contre le Venezuela a suffi à fermer le ciel caribéen. Pendant plusieurs heures, des vols vers les Antilles françaises ont été annulés. Nos territoires ont subi les conséquences directes d'une décision prise à Washington. Depuis, la pression de Donald Trump sur Cuba ne cesse de monter. Vendredi dernier, depuis Miami, il l'a affirmé : « Cuba is next. » Ce sont des menaces explicites, formulées publiquement par le président de la première puissance mondiale.
Dans un environnement où la logique militaire supplante désormais la diplomatie, nos territoires ultramarins de l'Atlantique et l'ensemble des pays de la Caraïbe sont exposés comme ils ne l'ont jamais été depuis des décennies. Leur sécurité, leur approvisionnement, leur desserte aérienne dépendent de la stabilité d'une région que Washington traite comme un théâtre d'opérations.
Le gouvernement a annoncé une conférence régionale sur la sécurité en Martinique en juillet prochain avec les partenaires du G7. Cela témoigne de la volonté de la France de renforcer son rôle dans cette région stratégique.
Ma question est la suivante : quelle stratégie concrète le gouvernement met-il en œuvre dès aujourd'hui pour protéger nos territoires face à une possible escalade autour de Cuba ?
Il y a par ailleurs une urgence humanitaire que la France ne peut pas ignorer. À Cuba, les hôpitaux peinent à maintenir leurs services d'urgence. L'OMS tire la sonnette d'alarme. La crise énergétique est devenue une crise sanitaire. L'ONU a proposé un plan d'aide d'urgence. Un peuple souffre à 90 miles des côtes américaines et à quelques centaines de kilomètres des nôtres. La France, puissance d'équilibre et voix indépendante dans les crises internationales, peut-elle rester silencieuse ? Quelles actions concrètes le gouvernement entend-il mener pour soutenir l'acheminement du fret sanitaire et alimentaire vers Cuba, et pour peser au sein des instances internationales en faveur d'une levée des restrictions qui étranglent la population ?