Sabrina Sebaihi« Dehors, sales Nègres et sales Arabes ! » : c'est par ces mots qu'un homme, sorti de chez lui avec une carabine, s'est adressé à des enfants de 10 ans, en Haute-Loire, le 19 avril, tirant et les mettant en joue.
Dans n'importe quelle société, cet acte aurait déjà été qualifié d'attaque terroriste, mais dans notre pays, parce qu'ils sont Noirs, parce qu'ils sont Arabes, même les insultes racistes ont disparu de la déposition initiale, obligeant le père de l'un des enfants à se battre pour que la vérité ne soit pas réécrite. Pire, l'auteur de cet acte a été relâché au bout de quelques heures.
Combien de Djamel Bendjaballah, d'Hichem Miraoui et d'Aboubakar Cissé vous faudra-t-il avant de réagir ? Des enfants sont visés pour ce qu'ils sont par un homme qui, quelque temps auparavant, tournait une vidéo dans laquelle il se disait fier d'être raciste, mais vos ministres hésitent encore à qualifier cet acte. Votre porte-parole regarde ailleurs lorsqu'on l'interroge en conférence de presse et votre ministre chargée de la lutte – ou plutôt du doute – contre tous les racismes commente sur les réseaux sociaux : « si le motif raciste devait être confirmé ». L'assaillant lui-même a pourtant revendiqué être raciste ! Une fois de plus, vous illustrez votre « deux poids, deux mesures ».
Ce climat est fabriqué et alimenté jour après jour, plateau après plateau, par des chaînes qui banalisent la haine, par des discours politiques qui désignent des boucs émissaires et par une extrême droite qui a imposé ses obsessions au cœur du débat public, et jusque dans vos rangs. À force de répéter que certains Français seraient de trop, à force de hiérarchiser des vies, de laisser dire l'indicible, on finit par rendre possible l'irréparable. Oui, le racisme tue ! Il arme les terroristes qui s'en prennent aux enfants dans notre République, aux enfants de notre République.
Monsieur le premier ministre, votre rôle est de les protéger tous, quelle que soit leur couleur de peau ou leur religion. Ne pas condamner, ne pas nommer le racisme, c'est déjà le cautionner. Alors, au lieu de commenter la haine, votre gouvernement devrait plutôt la combattre. Sinon, ne vous étonnez plus qu'elle se transforme en passage à l'acte.