Sébastien Lecornu, premier ministre. Vous avez raison de le rappeler, la situation est particulièrement grave et difficile pour nos compatriotes, comme du reste pour une grande partie de la planète. Il est donc plus que jamais nécessaire de ne pas mentir aux Français.
On ne peut pas déconnecter la question énergétique de ce qui se passe au Moyen-Orient : non seulement les négociations n'aboutissent pas, mais la reprise des combats ces dernières heures – avec les frappes inacceptables menées par la République islamique d'Iran – fait craindre une nouvelle escalade et risque de mettre en échec les efforts diplomatiques menés ces dernières semaines, y compris par la diplomatie française.
Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, nous sommes tenus de rappeler une vérité aux Françaises et aux Français, même si tous sur ces bancs ne le font pas : la géopolitique est entrée dans leur réservoir de carburant et n'en sortira pas de sitôt. Nous devrons vivre avec.
Dans nos stratégies énergétiques globales, nous ne pourrons pas opposer le court et le long terme, comme nous avons malheureusement parfois pu le faire – ministre depuis neuf ans, j'en prends ma part de responsabilité. Cette situation durera, elle devient systémique : la question énergétique fait partie des guerres hybrides menées contre le continent européen et, singulièrement, contre la France. Nous devrons donc en permanence marcher sur nos deux jambes, avec des aides de court terme – il n'est pas question d'abandonner les gens –, mais sans leur mentir sur le long terme.
Je vous remercie pour la tonalité de votre question sur un deuxième point : il ne faut pas mentir aux Français au sujet de ceux qui profiteraient de la crise. Une question précédente a évoqué l'État comme s'il s'agissait d'une entreprise, alors que l'État appartient à tout le monde, et comme s'il profitait de la crise, sur le dos des Françaises et des Français.
Le meilleur antidote aux fantasmes et aux mensonges – et Dieu sait que notre système politique en produit – reste la transparence. J'ai par conséquent souhaité que soient désormais publiés tous les dix jours, par le ministre Amiel, la porte-parole du gouvernement ou moi-même, l'état exact du surplus de fiscalité. D'un côté, comme les volumes diminuent, les recettes des accises diminuent également ; de l'autre, la hausse des prix augmente le produit de la TVA, d'où un surplus de fiscalité de 190 millions d'euros pour les mois de mars et avril par rapport à l'année dernière. Nous sommes loin de la cagnotte de plusieurs milliards d'euros évoqués par certains au début de la crise ! Voilà pourquoi il faut toujours raison garder. J'ai souhaité affecter cette somme supplémentaire aux mécanismes d'aides, pour qu'on ne dise plus que l'État est un profiteur.
Ensuite, le débat tourne autour des distributeurs, des marges brutes et des marges nettes. La ministre chargée de l'énergie communiquera sur ce point dans les heures à venir. Tout le monde n'est pas logé à la même enseigne – permettez-moi l'expression. Par souci de transparence, nous rappellerons quelques vérités, non pour montrer qui que ce soit du doigt, mais pour que le débat se fonde sur des chiffres fiables – nous devons en être capables dans une économie comme la nôtre.
Le troisième sujet concerne TotalEnergies. Comme je le dis depuis le début, un débat politique noble et de bon niveau sur la redistribution de ses richesses doit être possible…