Céline HervieuMadame la ministre de la culture, allez-vous laisser Bolloré écraser la liberté d'expression et de création ?
« Taisez-vous ou vous serez sanctionnés ! » : voilà la menace de censure brandie par le président de Canal+ contre les signataires du collectif « Zapper Bolloré ». C'est extrêmement grave.
C'est une menace directe et inacceptable, contre des artistes et des professionnels de la création auxquels nous apportons notre plein et entier soutien.
Mes questions seront donc simples, mais je ne vous cache pas que les réponses que vous avez pu précédemment apporter à nos collègues m'ont inquiétée. Le fait d'être le financeur incontournable du cinéma autorise-t-il à imposer le silence à ceux qui veulent s'exprimer ? Autorise-t-il la censure ? L'État n'a-t-il pas son mot à dire quand notre souveraineté culturelle est en danger ?
J'aimerais connaître votre position : considérez-vous que ce qui s'est passé est choquant ou non ? Avez-vous conscience de la menace qui pèse sur notre démocratie ?
Le cinéma français fait notre fierté, il rayonne dans le monde entier. Demain, sans réaction de votre part, il sera directement menacé. Nous voulons défendre notre modèle et préserver notre exception culturelle, grâce à l'action de la puissance publique que vous représentez. Canal+ tient une place essentielle aux côtés de France Télévisions et du CNC, mais ils ne sont pas de simples financeurs. Ils ont des responsabilités. Le modèle français s'est construit sur cette pluralité, sur ces différentes sensibilités. L'État doit être le garant de la liberté d'expression, de la liberté de création, de notre souveraineté culturelle. La concentration économique dans ce secteur signe la mort de la diversité et de la richesse créative.
Le Rassemblement national promet déjà de supprimer le CNC et de privatiser France Télévisions s'ils arrivent au pouvoir. Jusqu'où laisserez-vous prospérer l'empire Bolloré et avec lui la menace qu'il fait planer sur ce qui fait la fierté de notre identité française et de notre identité culturelle ? Nous sommes à un an de l'élection présidentielle : prenez vos responsabilités et agissez.