Sébastien Lecornu, premier ministre. La question que vous nous posez pourrait faire l'objet d'un colloque ! En tout cas, elle nous mobilisera jusqu'à la préparation des textes financiers dont nous discuterons cet automne.
Je partage votre sentiment d'urgence. Les choses ne peuvent pas attendre et c'est bien ce qu'a dit le ministre Lescure au sujet de l'électrification. Il faut vraiment méconnaître la situation géopolitique pour ne pas entendre et comprendre une bonne fois pour toutes que la dépendance aux hydrocarbures est une laisse étrangleuse terrible pour le peuple français et pour notre économie. Notre modèle de production d'électricité, que certains des pays qui nous entourent n'ont pas la chance d'avoir, implique de nous engager encore plus franchement vers le tout-électrique. Nos grands anciens, dans les années 1970, ont su appliquer une politique de l'offre : il faut la poursuivre et l'accompagner d'une politique de la consommation d'électricité – l'une des principales composantes de notre action, parfois source de clivages, mais autour de laquelle j'ai bon espoir que nous convergions.
Vous parlez d'ornière. La situation géopolitique est compliquée, comme l'actualité du week-end l'a bien démontré. Le cours du baril dépassait 100 dollars avant qu'il commence et s'établissait en deçà de ce seuil quand il s'est achevé ; en outre, il a été marqué par une certaine irrationalité, sensible dans les prises de paroles de différents acteurs.
Les services de Bercy l'ont documenté sérieusement : quand on ouvre le capot de l'inflation – révisée à 2,2 % – on voit bien que l'augmentation des prix ne concerne, au moment où nous nous parlons, que les hydrocarbures et les dérivés d'hydrocarbures. J'ai demandé au ministre de rendre publique cette analyse précise, car certaines interventions ont volontiers évoqué une inflation générale des denrées alimentaires, de l'ordre de 3 ou 4 % : on a déjà suffisamment de vrais problèmes pour éviter d'en créer des faux, qui viennent de surcroît saper la confiance en notre économie !
Notre économie et notre croissance s'appuient sur de vrais moteurs, parmi lesquels la consommation, qui tend toutefois à se tasser du fait du prix des hydrocarbures.
Par ailleurs, beaucoup d'outils ont été mis sur la table par les ministres. Ils ont désormais vocation à produire des effets, notamment le soutien à l'économie. Évidemment, il y a toujours des oubliés et c'est le principe quand on n'applique pas de mesure générale. Si une mesure de cet ordre devait être prise, elle ne consisterait pas à encourager la consommation d'hydrocarbures – ce serait un contresens historique, un non-sens total –, mais plutôt à baisser la fiscalité sur l'électricité, parce que nous la produisons chez nous.
Distinguer la fiscalité appliquée à l'énergie produite dans le territoire national de celle appliquée à l'énergie produite à l'étranger, voilà un début de réflexion qui me semble aller dans le bon sens, y compris en vue de la discussion relative au prochain projet de loi de finances.
À ces outils s'ajouteront des mesures structurelles qui, étonnamment, n'ont guère été évoquées dans le débat public, en dépit de leur incidence réelle sur les finances publiques et sur le modèle économique. Pour ce qui concerne l'augmentation du smic, il semble qu'il n'y ait plus que les ultralibéraux pour la déplorer, et plus personne pour s'en réjouir. Certes, cette augmentation est toujours trop modeste, mais si nous ne l'avions pas décidée, et bien qu'elle figure dans la loi…