Émeline K/BidiDans quelques semaines se tiendra la Conférence nationale du handicap 2026, ce grand rendez-vous triennal que la loi présente comme le moment où la République fixe enfin ses priorités pour garantir l'égalité des droits et la dignité des personnes handicapées. Mais, en outre-mer, la réalité, c'est l'illégalité, persistante.
Un récent rapport de la chambre régionale des comptes consacré aux jeunes adultes handicapés à La Réunion dresse un constat particulièrement alarmant : des adultes en situation de handicap attendent parfois jusqu'à dix ans – dix ans ! – une place dans une structure adaptée et demeurent maintenus dans des établissements pour enfants, faute de solutions disponibles. Ce rapport évoque un système structurellement inadapté, une défaillance de l'ensemble des acteurs institutionnels.
Derrière cette situation, il y a des familles épuisées, des aidants qui renoncent à travailler, des professionnels à bout de souffle et, surtout, des personnes privées d'autonomie et de perspectives de vie. Les associations réunionnaises alertent depuis des années sur une rupture d'égalité territoriale majeure. Plus de 3 600 personnes seraient en attente d'une solution adaptée sur notre territoire.
Et pendant que la conférence se prépare, les Réunionnais, eux, demandent simplement une chose : que leurs droits fondamentaux cessent d'être théoriques. Comment parler d'égalité républicaine lorsque le droit à un accompagnement digne dépend encore de l'endroit où l'on vit ?
La chambre régionale des comptes souligne que le dispositif actuel est devenu un système permanent de gestion de la pénurie, générant des surcoûts publics importants – voilà un argument auquel vous devriez être sensible. Les parcours sont bloqués, les établissements pour enfants saturés.
La Conférence nationale du handicap ne peut donc pas être un rendez-vous de communication supplémentaire de fin de mandat. Le gouvernement s'engage-t-il à annoncer un véritable plan de rattrapage pour La Réunion et l'outre-mer, avec des financements adaptés, un calendrier précis de création de places pour adultes handicapés, et des objectifs opposables afin qu'aucune famille réunionnaise n'ait plus jamais à attendre dix ans pour une solution digne ?