Emmanuel DuplessyDans deux jours s'ouvre la Coupe du monde de football et des millions de familles seront devant leur télévision pour soutenir les Bleus.
Mais pendant ce temps, une autre compétition se prépare : celle des opérateurs de paris sportifs, qui ont prévu d'investir près de 800 millions d'euros dans la publicité cette année, une somme en hausse de 25 %.
Les bookmakers ciblent directement les plus jeunes, reprenant à leur compte la politique mbappesque : « Moi, tu me parles pas d'âge ! » Résultat : près de huit adolescents sur dix ont déjà été exposés à des publicités pour les jeux d'argent. Alors que les mises des paris sportifs ont été multipliées par trois en seulement cinq ans et dépasseront cette année le milliard d'euros, il est urgent d'agir contre le matraquage publicitaire. Pour cela, j'ai déposé une proposition de loi, déjà cosignée par une quarantaine de députés, allant du groupe communiste jusqu'à Horizons.
Inspirées de la loi Évin, nos propositions sont simples et soutenues par l'Autorité nationale des jeux elle-même. Nous souhaitons interdire la publicité pour les paris sportifs pendant les matchs et sur les réseaux sociaux ; mieux encadrer les contenus pour que les bookmakers arrêtent de faire croire qu'on peut « mettre la daronne à l'abri » en misant sur le prochain buteur ; combattre l'association systématique entre le sport et les jeux d'argent en empêchant le naming des stades et des compétitions ainsi que l'utilisation de l'image des joueurs, comme l'ont récemment réclamé plusieurs membres de l'équipe de France.
Le coût des jeux d'argent pour la société s'élève à 15 milliards d'euros par an, soit près de trois fois les recettes fiscales du secteur. Si nous voulons toutes et tous ramener la coupe à la maison, il va aussi falloir ramener les publicitaires à la raison. Madame la ministre, êtes-vous prête à agir rapidement ?