Katiana LevavasseurEn 2025, selon le Collectif les Morts de la Rue, au moins 929 personnes sans domicile sont mortes dans notre pays. Ces près de 1 000 morts, dans la rue, dans une voiture, dans un abri de fortune, parfois dans l'indifférence la plus totale, ne sont pas que des chiffres. Ce sont des vies brisées de concitoyens, des hommes et des femmes qui ont fini par mourir dehors, dans un pays qui dépense toujours plus mais semble de moins en moins capable de protéger les siens.
Il s'agit d'un drame national qui dit quelque chose de l'état du pays, qui dit l'échec d'un État laissant trop souvent les associations seules en première ligne, l'épuisement des travailleurs sociaux, l'impuissance et la saturation du 115, la solitude des maires, confrontés à des situations humaines dramatiques mais parfois privés des moyens d'y faire face. Le plus insupportable est que, parmi ces morts, figurent des enfants, des tout-petits de moins de 4 ans comme des adolescents. Comment l'accepter ?
Depuis des années, les gouvernements annoncent des plans, des crédits, des dispositifs. Pourtant, le nombre de morts continue d'augmenter : celui de 2025 est déjà supérieur à celui de 2024. En 2017, Emmanuel Macron affirmait qu'il ne voulait plus voir de femmes et d'hommes dormir dans les rues. Neuf ans plus tard, cette promesse résonne comme le symbole d'une parole présidentielle déconnectée du réel, composée de grandes déclarations et d'annonces sans lendemain. Au bout du compte, des Français meurent toujours dehors.
Vous nous opposerez peut-être les 203 000 places d'hébergement d'urgence financées par l'État. Toutefois, entre la saturation du 115, la pression migratoire sur les dispositifs d'accueil et les 350 000 personnes sans domicile du pays, le compte n'y est pas. La rue continue de tuer, par le froid, par la chaleur, par la maladie, par la violence, par l'isolement, mais aussi par l'abandon.
Cette situation appelle autre chose que des éléments de langage. Le gouvernement entend-il enfin faire de la protection de nos compatriotes sans abri une priorité nationale ? Quelles mesures compte-t-il prendre pour soutenir les acteurs de terrain, garantir la mise à l'abri des plus vulnérables et permettre enfin une sortie durable de la rue ?