Marie-José AllemandMonsieur le garde des sceaux, le choc provoqué par la mort de Lyhanna demeure dans tous les esprits. À l'émotion suscitée par ce drame indicible s'ajoutent l'incompréhension et la colère face au sentiment qu'il aurait pu être évité si les alertes répétées n'avaient pas été ignorées.
En 2023, un rapport que vous aviez vous-même commandé tirait la sonnette d'alarme sur l'engorgement des procédures dans les services de police : plusieurs millions de dossiers en attente ou non traités, dont des affaires d'agression sexuelle et de viol, alors que les auteurs présumés étaient identifiés, parfois localisés. Ce rapport n'a jamais été rendu public, contrairement à votre engagement.
Hier, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants vous a remis son bilan : seules vingt-trois des quatre-vingt-deux recommandations de son rapport de novembre 2023 sont pleinement effectives, et parmi les dix-sept mesures prioritaires – les plus urgentes –, seules trois ont été mises en œuvre.
Depuis dix jours, vous affirmez qu'aucune nouvelle loi, aucun moyen supplémentaire n'auraient permis d'éviter ce drame. Comment dire cela à celles et ceux qui alertent depuis des années, et aux victimes qui attendent ? Ces mots ne passent pas.
La responsabilité politique fonde notre démocratie parlementaire. Puisque vous excluez toute démission, démontrez que vous prenez la pleine mesure de l'urgence : changez vos priorités. Commencez par fixer un calendrier précis pour l'examen de la proposition de loi intégrale de notre collègue Céline Thiébault-Martinez.
Nous attendons ; les enfants, eux, n'attendent pas.