Mereana Reid ArbelotLes fonctionnaires ultramarins exerçant dans l'Hexagone voient s'éloigner la perspective, légitime, de servir l'État dans leur territoire d'origine. L'article L. 512-19 du code général de la fonction publique prévoit pourtant une priorité d'affectation pour les agents dont le centre des intérêts matériels et moraux, CIMM, se situe outre-mer, priorité réaffirmée dans la circulaire du 2 août 2023.
Le droit est clair, mais son application l'est beaucoup moins. Dans de nombreuses administrations – justice pour les agents pénitentiaires notamment, finances publiques, intérieur –, les affectations reposent désormais sur des postes profilés ou sur le choix discrétionnaire de l'administration, reléguant le critère du CIMM au dernier plan.
La campagne d'affectation de policiers à Papeete pour septembre 2026 l'illustre : seuls deux Polynésiens sur treize affectations, alors que des dizaines attendent de rentrer au pays, au fenua. Les postes profilés disqualifient nombre d'entre eux ; pourtant, certaines formations requises existent localement. À cela s'ajoute le choix totalement arbitraire de l'administration – et je pèse mes mots. À quoi sert le CIMM ? À quoi sert le droit ?
Derrière ces décisions, il y a des agents compétents et méritants, qui attendent de rentrer chez eux depuis des années, des familles séparées, des parents âgés qu'on ne peut accompagner, et un profond sentiment d'injustice. C'est une perte pour nos territoires, qui se privent de fonctionnaires connaissant la culture, la langue et les réalités locales.
Madame la ministre, comment expliquez-vous que le droit et les directives du gouvernement en matière de mutation ne soient pas appliqués ? Comment comptez-vous y remédier ?