Xavier AlbertiniTandis que l'actualité se concentre vers d'autres urgences, une bataille décisive se livre à bas bruit. C'est elle qui pèsera certainement le plus sur l'avenir des Français.
Le week-end dernier, l'administration américaine a contraint Anthropic à réserver ses modèles d'intelligence artificielle les plus avancés à ses seuls ressortissants. Du jour au lendemain, des outils utilisés partout en Europe, et donc en France, ont cessé d'être accessibles et de fonctionner. Le message délivré est clair : l'intelligence artificielle n'est plus un marché, c'est une arme.
Washington invoque la cybersécurité. Chacun comprend qu'il s'agit en fait d'une stratégie de domination. Cette technologie ne transforme pas seulement nos économies, elle redéfinit les rapports de force entre les nations : les pays qui en maîtriseront les modèles tiendront l'une des clés de la puissance des décennies et du siècle à venir.
Nous le savons, l'ambition du gouvernement, promue par la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanff, est que la France figure parmi les puissances souveraines en matière d'intelligence artificielle. C'est aussi notre détermination.
Notre pays n'a pas attendu 2026 pour agir. Dès 2018, Édouard Philippe, alors premier ministre, lançait une stratégie nationale pour l'IA qui, avec plus de 1 milliard d'euros d'investissement, posait les premières fondations d'un écosystème français. Mais nous le savions déjà : ce n'était qu'une première étape.
L'écart qui se creuse aujourd'hui avec les États-Unis et la Chine nous oblige à accélérer nos efforts et exige bien plus qu'un accroissement des crédits : il exige une vision stratégique et une capacité de prospective. Car rester libres demain suppose de planifier et de maîtriser toute la chaîne de valeur aujourd'hui : nos talents, notre électricité, nos calculateurs, nos puces et nos modèles. C'est la condition sine qua non de notre souveraineté, tant française qu'européenne.
Dès lors, monsieur le ministre de l'économie, ma question est double. Le jour où une puissance étrangère coupera de nouveau l'un des maillons de cette chaîne – l'accès à l'IA –, sur quelles solutions souveraines pourrons-nous compter ? Le gouvernement est-il prêt, face à cet acte de défiance à l'égard de nos intérêts, à promouvoir l'ambition d'une puissance européenne, et donc française, de l'intelligence artificielle ?