David Amiel, ministre de l'action et des comptes publics. Non, monsieur le député, le gouvernement ne veut pas recourir à une loi spéciale.
En l'absence de budget, une loi spéciale ne durerait en effet pas quelques semaines – le temps, comme les deux années précédentes, de faire la jonction avec un nouveau projet de loi de finances. Elle durerait la plus grande partie de l'année 2027. Un futur président ou une future présidente de la République sera élu au mois de mai prochain. Une nouvelle Assemblée nationale sera sans doute réunie, dans la foulée, au mois de juin. En l'absence de budget, le nouveau gouvernement devrait déposer un projet de loi de finances initiale, avec tout ce que cela implique de consultations obligatoires et de travail préliminaire. Il n'y aurait donc pas de budget pour l'année 2027 avant l'automne 2027.
Ce serait le scénario d'un véritable drame.
Un drame financier, d'abord, du fait de la disparition de certaines recettes fiscales mais aussi – en l'absence des mesures d'économie qui, autrement, auraient pu être prises – du fait de l'explosion de certaines dépenses publiques. Tout cela conduirait à une explosion du déficit public.
Un drame économique, ensuite, puisque des mesures indispensables à notre tissu industriel et commercial cesseraient immédiatement. Ces derniers jours, on a ainsi beaucoup parlé du fonds Vert, des dotations aux collectivités locales, des investissements dans nos armées.
Un drame démocratique, enfin. Alors qu'une élection présidentielle se tiendra en 2027, l'absence de budget priverait les Français de la sérénité économique et financière dont ils ont besoin pour faire ce choix. Elle empêcherait même les candidats à l'élection présidentielle de parler d'autre chose que de l'énorme confusion économique dans laquelle nous serions plongés. Après l'élection présidentielle, de plus, le nouveau président et la nouvelle majorité n'auraient d'autre choix que de passer le plus clair de leur mandat à corriger cette énorme sortie de route.
Il nous faut donc un budget : un budget de compromis, un budget de sauvegarde républicaine.