Steevy Gustave Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, depuis 2023, une guerre ravage le Soudan. Dans la région du Darfour, des crimes atroces se répètent sous nos yeux : des enfants sont enrôlés de force, des femmes violées préfèrent se donner la mort plutôt que de subir, des villages entiers sont détruits parce qu'ils sont habités par des populations noires.
Il y a vingt ans, j'étais déjà engagé dans le collectif Urgence Darfour, aux côtés d'artistes, d'ONG et de citoyens français qui refusaient le silence. Vingt ans plus tard, les mêmes peuples subissent les mêmes représailles. Les Masalits, les Fours, les Zaghawa sont à nouveau massacrés par les mêmes milices, sous la direction d'un même homme : Hemedti. Le Darfour, c'est la géopolitique sans âme : un laboratoire du mépris où les peuples subissent le silence international. Au-delà d'une guerre entre deux camps, c'est le même scénario qui se répète : des puissances étrangères arment les belligérants, attisent le chaos et continuent de piller les sols. C'est hélas l'histoire tragique de l'Afrique, une histoire qu'il est temps, enfin, de faire cesser.
Les enquêtes de l'ONU et d'Amnesty International ont révélé le rôle des Émirats arabes unis, par lesquels transitent l'or et les armes des milices d'Hemedti, en violation des embargos internationaux. Elles ont aussi documenté la présence russe du groupe Africa Corps. La France, pays des droits de l'homme, ne peut rester spectatrice de cette tragédie. Elle doit nommer les choses. Elle doit dénoncer les responsables et agir avec courage.
La France est-elle prête à condamner clairement ces soutiens internationaux et à en tirer toutes les conséquences diplomatiques, notamment vis-à-vis des Émirats arabes unis ? Est-elle prête à agir fermement, avec l'Union européenne, pour que les pays voisins du Soudan empêchent le transit d'armes et de mercenaires ?
Tant que l'Afrique pleure seule, la conscience du monde restera coupable. Des Toubous de Libye aux peuples du Darfour, du Congo à l'Éthiopie, du Sahel jusqu'au Soudan, les mêmes larmes coulent, les mêmes silences tuent. Ce qui se joue au Darfour n'est pas une guerre africaine : c'est une question humaine. Quand un peuple est persécuté pour ce qu'il est, c'est l'humanité entière qu'on assassine. Et cette humanité, nous devons la défendre.