Christophe Marion À nouveau, je veux faire entendre dans l'hémicycle les cris des Soudanaises qu'on viole, des civils qu'on massacre, des communautés du Darfour victimes d'un nettoyage ethnique qui s'intensifie depuis la chute de la ville d'El Fasher. L'horreur est documentée par les bourreaux eux-mêmes qui, dans une pulsion d'abjection, partagent les vidéos insoutenables de leurs crimes sur les réseaux sociaux. Safaris humains, exécutions sommaires au milieu des hurlements fanatisés des membres des milices janjawids : nous assistons, effarés, à un véritable génocide par balles.
Depuis avril 2023, on compte 150 000 morts et 16 millions de déplacés ou de réfugiés. La famine et l'horreur sont partout. Il y a quelques jours, 500 innocents ont été massacrés dans la maternité d'El Fasher. Aujourd'hui, j'apprends que les miliciens des Forces de soutien rapide exigent des réfugiés du camp de Gorom – que j'avais rencontrés au Soudan il y a deux ans et à qui je pense chaque jour – des rançons de la honte pour obtenir la libération de leurs proches retenus en otage.
Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, les condamnations de la France ou de l'ONU ne suffisent plus. Le silence des chancelleries européennes face aux Émirats arabes unis, qui arment le bras des tueurs, n'est plus acceptable. Ne l'est pas plus l'indifférence des médias et des opinions publiques, que j'observe impuissant depuis le début de la guerre et sur laquelle je m'interroge sans cesse. Chaque vie compte ! Négliger les morts d'Afrique revient à nier notre humanité commune. Les Soudanais attendent de nous que nous traduisions en actes l'exhortation de Desmond Tutu : « S'il vous plaît, la seule chose que nous vous demandons est de reconnaître que nous sommes humains, nous aussi. »
Je vous demande donc de nous dire - de leur dire - ce que vous pouvez faire pour garantir la sécurité des civils ayant fui à Tawila pour échapper aux massacres d'El Fasher, pour faciliter l'ouverture de corridors humanitaires permettant la circulation de l'aide internationale, pour convaincre nos partenaires - particulièrement les Émirats arabes unis - d'agir pour que cessent les livraisons d'armes, pour que les combats s'achèvent enfin et pour que s'ouvre un chemin vers la paix ?