Anne Stambach-Terrenoir …s'était élancée à travers champs ; des gens de tous âges, pique-nique dans le sac à dos ; on rit, on chante ; et puis le chaos ; 5 000 grenades tirées en quelques heures ; les cris, les larmes, le sang.
Je revois cette jeune fille, portée par plusieurs personnes, et ces mots : « Elle n'a plus de mâchoire ! ». Je revois ce tout jeune homme, qui pleurait dans mes bras, et cet autre, la joue à moitié arrachée, prêt à se faire recoudre immédiatement, sans anesthésie. Je revois tous ces visages ensanglantés, tous ces gens qui boitaient, tous ces blessés dans des couvertures de survie, allongés dans la boue , que nous avons essayé de protéger par une chaîne humaine, laquelle fut défaite par des tirs tendus de lacrymos depuis des quads lancés à toute allure – légitime défense, selon l'Inspection générale de la gendarmerie nationale !
J'entends encore cette soignante paniquée : « Mais il faut leur dire, c'est n'importe quoi, je m'en suis pris plein la gueule en allant récupérer les blessés ! »